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Avec des marionnettes (Les Indes Galantes , Les Paladins, Corréas – Reims, 19 décembre 2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
29 décembre, 2014

Les Indes Galantes

Opéra de Reims, 19 décembre 2014

Les Indes Galantes Reims

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Les Indes Galantes (version raccourcie et remaniée avec des marionnettes)

Livret de Louis Fuzelier


Anouschka Lara (Amour, Zima)
Françoise Masset (Hébé, Emilie, Adario)
Jean-François Lombard (Valère, Damon)
Virgile Ancely (Bellone, Osman, Don Alvar)

Les Paladins 
Jérôme Correas, direction et clavecin.

Constance Larrieu, mise en scène
Stefany Ganachaud, chorégraphie
Fanny Brouste, costumes
Françoise Michel, lumières
Claire Rabant, Cristina Iosif, fabrication des marionnettes
Philippe Rodriguez-Jorda, coordination marionnettes
Cristina Iosif, David Lippe, Claire Rabant, marionnettistes 

Opéra de Reims, le 19 décembre 2014.

En cette année du 250e anniversaire de la mort de Rameau, les mélomanes baroqueux ont pu assister à de nombreux spectacles et concerts, avec un certain nombre de recréations et d’adaptations en tous genres : Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour, La Naissance d’Osiris, Daphnis & Eglé, La Belle-mère amoureuse, Le Temple de la Gloire…

Les Indes Galantes qu’a présenté l’Opéra de Reims les 19 et 20 décembre dernier, spectacle coproduit avec La Comédie de Reims-CDN et l’Institut international de la Marionnette de Charleille-Mézière, est l’un d’eux. Il s’agit d’une version raccourcie et adaptée comprenant le Prologue, « Le Turc Généreux » et « Les Sauvages », pour une durée de moins de deux heures avec entracte, avec la musique arrangée pour un effectif de 9 musiciens (flûte, hautbois, 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse, basson et clavecin).

Le Prologue met en scène quatre jeunes gens au soleil, sur des transats, avec leurs lunettes de soleil et leur chapeau de paille. Ils sont habillés de la même manière, y compris Hébé et l’Amour, ce qui ne facilite pas tout à fait la distinction des rôles. Pour les décors et costumes, tout au long du spectacle, rien n’évoque un exotisme affirmé, à part le turban du sultan Osman dans « Le Turc généreux » et le costume d’Adario dans « Les Sauvages », qui suggère vaguement celui des Indiens. Dans cette dernière entrée, outre les personnages d’Emilie et de Valère tenus par les chanteurs, deux marionnettes – ou plutôt deux « poupées » d’au moins 1m30 de hauteur – doublent ces deux protagonistes. La poupée d’Emilie et bleue-vert, celle de Valère marron-chocolat, vêtus de costumes fantaisistes et quelque peu folklorique ; elles sont maniées de telle façon qu’elles bougent comme des vivants. Quelques panneaux suspendus, sur lesquels des images photographiques de feuillages sont imprimées, font office d’une forêt luxuriante où apparaissent des papillons, un singe et d’autres animaux, tenus par une marionnettiste, offrant ainsi une touche de poésie.

Les décors sont donc simplifiés au maximum, mais la mise en scène, aussi simple soit-elle, ne permet pas au spectateur de saisir clairement l’intrigue : ni les références mythologiques du  Prologue ni l’histoire du « Turc généreux », relativement complexe. Pour le premier, Hébé, Amour et Bellone, avec leur apparence « ordinaire », les autorités et les pouvoirs des divinités ne sont pas explicitement soulignés et il faut réfléchir pour comprendre ces rapports entre les personnages. Dans « Le Turc généreux », les propositions de gestes pendant les musiques de ballets sont floues. Le jeu de cordon (en rapport avec la mer ?) entre Osman et tous les autres personnages montre-t-il le jeu de pouvoir ou autre chose ? Pourquoi les deux voilages représentant les vagues deviennent-ils une balle à laquelle les deux amants jouent ? Que signifie-t-elle ? Mais le plus confus, c’était la présence des marionnettes en plus des chanteurs. Ceux-ci chantent et jouent « normalement » tandis qu’à leur côté, les deux marionnettes livrent à leurs propres gestes, différents de ceux des chanteurs. Du coup, le spectateur ne sait pas qui regarder et n’appréhende pas immédiatement ce qui se est en train de se passer sur la scène. En revanche, les personnages sont clairement définis dans l’entrée des « Sauvages » en faveur d’une compréhension aisée.

Parmi les quatre chanteurs, on peut particulièrement louer deux d’entre eux, Françoise Masset et Virgile Ancely, pour leur technique sûre, la projection naturelle et la belle diction. Anouschka Lara, malgré sa belle voix, devient parfois criarde dans les aigus, alors que Jean-François Lombard montre de temps à autre quelque fragilité dans le maintien vocal. Pour la partie orchestrale, l’adaptation de la partition pour un petit ensemble des Paladins est une grande réussite, sans modifier la sonorité chatoyante ni le charme de la musique de Rameau, même si des phrases jouées un peu trop legato sur les violons perdent leur consistance et leur entrain. Jérôme Corréas dirige l’orchestre et les chanteurs en jouant du clavecin, en bon arbitre pour le meilleur équilibre sonore.

Cécile Colline-Duchamp