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« Des miniatures persanes en 3D » : entretien avec Max-Emanuel Cencic, autour de Siroe de Hasse

Publié dans : Dossiers - Interviews
5 décembre, 2014

5 QUESTIONS A MAX-EMANUEL CENCIC

Max-Emanuel Cencic

© Julian Laidig

 

Muse Baroque : Max-Emanuel Cencic, merci beaucoup de recevoir Muse Baroque aujourd’hui à Paris, à l’occasion de la production du Siroe de Hasse que vous mettez également en scène. Ma première question serait, quelles ont été vos motivations pour fonder la maison de production Parnassus ?

Max-Emanuel Cencic : J’ai eu envie de faire des productions que j’aimerais réaliser, parce que dans la musique baroque, il y a plein de musique à découvrir et j’avais envie de m’investir là-dedans moi-même. Avec Parnassus j’ai commencé d’abord avec mes disques en tant que solistes, déjà en 2000 avec mon récital Domenico Scarlatti et après j’ai continué avec des productions d’opéra. Parnassus a développé son activité, non seulement dans les enregistrements mais aussi dans les productions en mise en scène, Siroe de Hasse est la quatrième production de la Compagnie Parnassus et il y a en ce moment quatre autres productions en préparation pour les années à venir.

M.B. : Justemment parlons de vos projets. Vinci, Porpora, Hasse, Gluck, pour vous quel est le pari de la rareté dans notre monde qui va si vite :

M.-E. C. : Je pense que dans la musique italienne, entre 1700 et 1750, il y a encore beaucoup d’œuvres à redécouvrir, parfois on voit des opéras recréés de cette époque-là, mais ils restent minoritaires. Ce sont vraiment des chefs d’œuvre, tout ce qui concerne les écoles napolitaines et vénitiennes est très intéressant. Le cas de la musique française est intéressant, dans les dernières années on a beaucoup investi dans la révélation des pièces Françaises, on peut voir, par exemple la plupart des œuvres de Rameau enregistrées. Dans le cas de Rameau ou de Lully ces redécouvertes sont accompagnées de superbes mises en scène parfois. Mais par contre, dans la musique italienne il y a encore beaucoup de terrains d’explorations.

M.B. : Allez vous donc faire que des raretés ou est-ce que vous allez produire aussi des œuvres du répertoire connu ?

M.-E. C. :  Je fais vraiment des choses rares ou aussi, on a fait du Haendel. Mais on ne peut pas considérer que Haendel est une rareté puisque tous ses opéras ont été déjà soit entendus en concert ou sur scène. C’est plutôt des raretés ou quelques Haendel peu connus. 

M.B. : Comment la mise en scène de ce Siroè de Hasse va nous toucher en 2014 ?

M.-E. C. : La mise en scène n’a rien à faire avec le baroque, c’est quelque chose complètement nouveau, créé pour notre vision contemporaine. Pour cette mise en scène je me suis inspiré des miniatures persanes. Ce seront des miniatures persanes en 3D. Même si on peu trouver une apparence baroque, mais on peut retrouver l’esprit exotique de la Perse au XVIIIème siècle. J’ai voulu mettre en scène un opéra baroque certes, mais dans une miniature persane, le public va rentrer dans un voyage imaginaire en Perse. On pourra voir ce Siroe, comme on lit un livre d’images. C’est pour cela qu’on retrouve des vidéos projetés et des costumes très riches en brocard et soie, un monde de rêve.

M.B. : Superbe ! Nous avons hâte d’y être ! La quatrième question porte sur le commentaire que vous avez fait dans le livret de l’enregistrement et nous avons été intrigués par le rapprochement entre le livret de Siroè et la Franc-Maçonnerie, pouvez-vous nous dire plus sur cette idée ? 

M.-E. C. : Ce sont les épreuves du feu et de l’eau, qui se retrouvent aussi dans le dernier acte de la Flûte Enchantée de Mozart. Ces épreuves veulent dire, que ceux qui se battent pour une cause juste doivent endurer beaucoup de souffrances. Dans Siroè, le héros doit se battre pour la raison contre son père, même s’il est condamné à mort, c’est ce cheminement qui symbolise les épreuves de soi.

M.B. : Est-ce que nous trouvons, selon vous, dans d’autres livrets de Metastasio des sous-intrigues similaires ?

M.-E. C. : On peut vraiment dire que Metastase aime bien mélanger des idées des Lumières un peu dans ses livrets. On peu trouver beaucoup de symboles chrétiens, maçonniques et philosophiques. Les idées de ce temps là s’y retrouvent. Être maçon était très à la mode, par exemple François Ier, le mari de Marie-Thérèse était maçon, Joseph II leur fils, l’était aussi, c’était très à la mode à la cour de Vienne. Même si ce livret a été écrit en 1724, les loges évoluaient déjà à cette époque là et les conversations et discours des aristocrates éclairés dans les salons se reflètent souvent dans les livrets de Metastasio.

M.B. : Finalement ça ouvre beaucoup de portes pour comprendre l’opéra baroque autrement. Et finalement, idéologie, philosophie et le lien avec le spectacle vivant sont toujours d’actualité, mais croyez vous que les artistes doivent aujourd’hui prendre en main leur propre destin ?

M.-E. C. : Les artistes ont le même choix que n’importe qui. Soit on travaille pour quelqu’un soit on décide de gérer sa propre compagnie. Ce n’est pas nécessairement quelque chose que chaque artiste peut faire ou qui doit être obligatoire. Mais si on a l’énergie, des idées, c’est bien d’avoir la possibilité et la volonté de ne pas simplement se produire comme artiste mais d’organiser et de faire des projets. Hier par exemple j’étais à un concert de Davidenko et il vient d’ouvrir son propre label, et il a intégré d’autres artistes à son projet. C’est d’ailleurs plus courant et normal dans la scène pop, jazz et dans le monde du cinéma. Mais dans la musique classique, c’est une bonne initiative pour rafraîchir la scène et je suis bien conscient que ce que je fais est parfois problématique, mais il ne faut pas juger à double mesure.

M.B. : Votre investissement nous encourage à croire en Parnassus, et la Muse Baroque y croit. Nous avons hâte de découvrir encore des beaux projets, dont un Catone in Utica de Vinci l’année prochaine à Versailles : 

M.-E. C. : Oui nous sommes dans la préparation des décors.

M.B. : On attend cette production avec plaisir et impatience, Merci beaucoup Max-Emmanuel Cencic.

M.-E. C. : Merci beaucoup aussi.

 

Propos recueillis le 29 Octobre 2014 dans le bureau d’Opus 64 par Pedro-Octavio Diaz