Close

Iphigénie en Ontario. IV-Intermède (du 15 au 23 octobre)

Publié dans : Bonus - Digressions
23 octobre, 2009

Iphigénie en Ontario

Journal de répétitions avec du suspense, de l’action, de la musique, des Polaroïd 600 et des ballets, par Monsieur Charles Di Meglio augmenté for the eyes delight de photographies disparates 

IV-Intermède (du 15 au 23 octobre)


une des trois images terrifiantes du début: Clytemnestre, Agamemnon, Oreste.
Jeannette Lajeunesse-Zingg, Curtis Sullivan, Jack Rennie © Bruce Zinger.


Jeudi 15 octobre 2009, J 15.

 

Minuit et des poussières.

 

Dans cette journée longue de douze heures et demie, tout m’énerve, du début à la fin.

Je commence par ne pas trouver de Tim Horton’s ou ses semblables dans les parages du Four Season’s Centre for Performing Arts où a lieu la présentation — je dois donc me passer de café matinal.

Mais surtout je découvre avec horreur ce qui est ici est tout à fait normal pour les compagnies importantes, mais qui paraît saugrenu voire glauque à un français trop habitué aux subventions publiques : je savais déjà combien le mécénat d’entreprise et particulier est beaucoup plus important outre-Atlantique (l’état permettant de boucler en général bien moins d’un quart du bugdet annuel d’une compagnie) qu’en France — ce qui impose certaines concessions permanentes, gros logos sur les affiches qui doivent être approuvées par les entreprises, toujours des réceptions obséquieuses avec des donateurs privés qui peuvent débarquer n’importe quand en répétition, et que nous devons bien entendu recevoir avec la plus grande courtoisie, und so weiter und so fort.

Mais je me rends compte à quel point cela domine la vie artistique ici. Le Four Season’s Center, qui héberge la renomée COC (Canada Opera Company), est bardé de plaques portant des ribambelles de noms pour honorer les Generous patrons, et l’amphithéâtre, où nous nous produisons, précise, en caractères presqu’aussi gros que son appellation, qu’il a été généreusement offert par le couple XYZ, ce qui me choque tellement que j’en oublie même de dégainer mon inséparable comparse Polaroïd 600 pour prouver et détailler mes dires.

Mais une fois mon choc passé, la présentation (au cours de laquelle je tourne très dignement les pages de la partition de Jim, qui dispose pour l’occasion d’un très beau Steinway demie-queue) me surprend également.

Je savais très bien ce à quoi m’attendre, des extraits de l’opéra, des interventions de Marshall pour les présenter et les remettre en contexte &c. mais la chose me paraît brusquement triste — une triste prostitution pour parvenir à vendre encore quelques places supplémentaires. Une heure au total, de marketing pur, en direct, et avec les artistes de la production.

Et j’ai préféré passer sous silence les autres évènements du même genre — bien moins agréables, car il y a évidemment une forme de plaisir à présenter son travail en cours — qui ont déjà eu lieu depuis le 28 septembre dernier: intervention dans un cinéma de riche la banlieue nord, juste avant une diffusion en direct de la Tosca du MET

Je suis bien conscient que ce n’est que mon habitude d’enfant gâté par l’Etat français qui est ici outrée, que notre vision de l’artiste inaccessible à toute forme de commerce, se désintéressant de la promotion de son art, peut y nuire aussi, et qu’il n’y a ici rien d’inhabituel, l’amphithéâtre sus-cité permettant une fois par mois à des compagnies aussi importantes que le National Ballet, la COC, et bien sûr Opera Atelier… de présenter leur travail.

Mais dans mon état d’esprit d’aujourd’hui, je me sentais pousser un cri rugissant, peut-être pour nous rappeler combien nous avons de la chance d’avoir encore en France le luxe de pouvoir nous passer dans la plupart des cas de ce qui nous paraît atroce et vil — imaginerait-on ne serait-ce qu’un instant la Comédie Française organisant en plus de sa présentation de saison annuelle, des extraits de spectacles au Gaumont Marignan, ou l’Opéra de Paris faisant l’apologie de Platée sur un terrain de football ?

Après la représentation décriée, très applaudie par un public extrêmement nombreux et ravi, je rentre au studio bouillant et ruminant, reste impassible pendant le filage de tout l’opéra que nous faisons aujourd’hui, assomme Peggy horrifiée de notes, et apprends que le directeur artistique des chœurs de Tafelmusik fait des difficultés pour que j’assiste à leurs répétitions, disant qu’ils n’ont pas besoin de conseils.

Je suis tellement furieux et énervé en quittant le studio avec Marshall et Jeannette que je ne décroche pas un mot dans le taxi qui nous ramène d’abord chez moi puis chez eux — et je m’enferme dans la MatthäusPaßion de JSB par Leonhardt, qui ne quitte jamais mon iPod, car c’est la seule chose au monde qui puisse avoir un quelconque effet sur moi dans de pareils cas: il faut bien l’avouer, c’est la plus belle chose qui soit au monde — elle tient du miracle.

 

Vendredi 16 octobre 2009, J 16.

 

Minuit passée.

Une journée relativement courte : nous ne commençons qu’à quinze heures — plusieurs réunions ayant occupé la matinée de Marshall et du stage management. Un peu étrange, tout semble décalé, et nous ne savons vraiment plus quand nous sommes…

Kres est dans une forme olympique, s’amuse à chanter certains récitatifs dans leur version allemande, plaisante beaucoup plus qu’il ne l’a fait ces derniers jours où il était plus fatigué.

Nous revoyons des scènes, pour les repréciser — je travaille un peu avec Cassandra qui s’améliore beaucoup et Ambur.

Puis les danseurs arrivent, après le souper, comme toujours, et nous revoyons tout le finale, très impressionnant, très violent, avec des combats époustouflants, d’une précision diabolique, ainsi que plusieurs chœurs de femmes, très beaux, y incluant les solistes.

 

Samedi 17 octobre 2009, J 17.

Une heure et demie.

Nouvelle débauche télévisuelle avec Linda, devant, une fois encore la pub pour le Bullet express, qui nous fascine toujours autant et que nous redécouvrons comme un épisode inconnu d’une série que l’on suit — car il faut avouer que ce soir, nous cherchons la pub, zappant frénétiquement pour la retrouver. Et la gran’mère nous enchante toujours.

Comme hier, la journée est plutôt courte, mais les danseurs nous rejoignent dès son début, et nous voyons tous les ballets avec les chanteurs solistes.

Et ce soir, l’ouverture mise à part, où sera figuré le cauchemar d’Iphigénie, à travers différents tableaux entrecoupés d’éclairs, tout l’opéra a été vu — et nous pourrons le filer demain !

Les danseurs, qui doivent être opérationnels pendant six heures environ, marquent la plupart du temps leur chorégraphies — simplement pour s’assurer que les mouvements en sont enregistrés, en rythme, mais sans les développer entièrement, pour s’économiser. Mais ils restent malgré tout extrêmement gracieux, et chacun à sa propre façon de marquer : Jeremy, malgré une cheville un fragilisée il y a quelques semaines, fait tous ses sauts sans peur — il a toujours eu un faible pour les sauts et les pirouettes, et il faut dire que, malgré son statut de quasi-doyen de la troupe des danseurs, c’est toujours lui qui saute le plus haut, le plus loin et le mieux ! Le jeune Jack marque avec une énergie contenue, une tension interne, tandis que Nathanael Koslow, qui danse avec Opera Atelier depuis ses quinze ans, le fait avec une espèce de nonchalance désabusée, gracile et puissant.


encore un autre Polaroïd 600 jaunâtre, découvrant une conséquente rangée de chaussures alignées pour les danseuses,
ainsi que quelques sacs intrigants pour les danseurs.
© Charles di Meglio pour Muse Baroque, 2009

Dimanche 18 octobre 2009, J 18.

Une heure assez quelconque, mais qui indique déjà que nous sommes le lendemain.

Nous commençons par voir assez tranquillement les tableaux du début (le cauchemar d’Iphigénie), où Jeannette figure Clytemnestre, Curtis Agamemnon et Jack Oreste, chacun se tuant à tour de rôle. Les images sont très belles et saisissantes, et Jeannette brandissant son couteau fait plutôt très peur — on a intérêt à manger ce poulet qu’elle a préparé à souper sans râler, semble-t-elle dire.

Pendant ce temps, les danseurs arrivent progressivement (c’est dimanche, ils peuvent donc nous rejoindre tôt), et s’échauffent calmement dans le studio, s’étirent et discutent à voix basse.

Aujourd’hui Tyler Gledhill, peut enfin être des nôtres. Un superbe danseur élancé qui était pris par un autre spectacle jusque là — et l’équipe est donc au complet pour la première fois. Sa présence dans le ballet des Euménides que nous revoyons pour l’y inclure change tout, instantanément.

Et on peut enfin porter Kres — une tâche dévolue à Nathanael et Tyler, qui semblent soulever cette immense masse de muscles sans problème, avec une facilité confondante, et ça paraît simple. Evidemment, la séquence en prend une ampleur tout autre, et nous tremblons comme les feuilles mortes qui commencent à s’amonceler sur les arbres et dans la rue — les démons sont très effrayants.

L’après-midi, nous filons à peu près tout l’opéra, en commençant au début de l’ouverture, pour la première fois. Tout le monde est très détendu aujourd’hui, et l’ambiance est joviale. Les danseurs sautillent dans les ailes, pour ne pas se refroidir, tandis que Ben surmonte avec brio la tâche difficile de jouer la réduction de l’ouverture (qui, même à deux ou trois pianos serait ardue à pianoter).

Les solistes, dans l’euphorie générale, se mettent à chanter les chœurs.

Je profite du filage pour mesurer les tempi desdits chœurs, car les choristes commencent à répéter demain, sans la présence d’un quelconque chef à part le leur.

Le soir après un concert de musique country dans un pub, mon hôtesse et moi regardons la télévision évangéliste. Nous avons droit à de belles déclarations comme un vieux et digne monsieur nous apprenant que les Etats-Unis d’Amérique seront sauvés au moment du Jugement dernier et du rapture (à condition de mener la vie adécquate bien entendu), puisque la nation fait partie des douze tribus d’Israël, ou celle d’une dame tellement liftée qu’elle en a des problèmes d’élocution, femme d’un autre pasteur, qui nous dit “We don’t need Evolution, we have God”. C’est sans doute la plus vieille glamour girl de la télé: du haut de ses 77 ans, elle ressemble à Lisa Marie dans son rôle d’extraterrestre déguisé en femme dans Mars Attacks ! de T. Burton — et elle doit survivre grâce à plusieurs cocktails de Prosac et Guronzan par jour.

Même si nous rigolons beaucoup, ça nous effraie tout de même un peu — comme ce documentaire, Jesus Camp, de Heidi Ewing et Rachel Grady— surtout à partir du moment où l’un des ecclésiastiques proclame le Sida une punition divine.

Lundi 19 octobre 2009, Day off 4.

Relativement tôt : onze heures moins le quart.

Nouveau day off obligatoire pour toute l’équipe, chanteurs, stage managers & co. Mais premier jour de répétition pour les chœurs — donc je me rends au studio A pour 19h.

Ma présence a été difficile à faire admettre, le chœur ayant son propre directeur artistique, et je ne devais assister à la répétition d’aujourd’hui que pour prendre des notes, devant attendre leur prochaine séance, vendredi, pour les livrer.

Inutile donc de préciser que la rencontre avec le chef des chœurs, Ivars Taurins, était tendue, et nous nous dévisagions en chiens de faïence.

Je me contente donc au départ de bouillir intérieurement, et de noter ce qui pêche (des liaisons oubliées notamment) — me tournant vers Ben qui accompagnait la répétition (une lueur d’espoir en arrivant et en le voyant) pour manifester ma désapprobation.

Mais Ivars se tourne finalement vers moi à un point, tandis que nous voyons encore le premier chœur de femmes (les hommes étant convoqués plus tard — les chœurs pour dessus étant bien plus nombreux que les chœurs mixtes ou pour voix d’hommes soli), pour confirmer une idée à lui, que j’infirme immédiatement.

Lui se justifie sèchement en invoquant ce que faisait le précédent diction coach de la Compagnie. Je remets alors les choses en place tout aussi sèchement en lui précisant que je voyais les choses différemment, en accord avec Marshall. Nous faisons par exemple TOUTES les liaisons, et pas seulement les plus évidentes.

Et de là tout a été beaucoup plus détendu : nous étions d’accord tous deux que nous faisions quelque chose d’entièrement nouveau et que j’avais mon mot à dire.

Et finalement, la répétition que je redoutais depuis le début de la semaine dernière a été un vrai enchantement — tous étaient avides de mes conseils ; je m’immisçait parfois dans les commentaires d’Ivars pour rectifier un point, et il l’acceptait. Et je rappelais aussi certains tempi — en accord avec Ben. Et bien sûr, je ne tiens plus en place, je m’agite, je gigote, ce qui amuse beaucoup les choristes.

Qui sont tous vraiment des crèmes.

 

Le bonus du day off:

Ifigeneia en Taurois [affichage normalement en caractères grecs], CWG+N-FG, dritter Akt :

Il s’est sans doute passé plein de suppliques des prêtresses entre les actes deux et trois (temps qui sera dévolu, dans notre production, à une pause de vingt-cinq minutes, communément appelée à tort l’entr’acte en français moderne, quand Iphigénie en compte en fait trois).

Iphigénie cède donc à [leurs] désirs, en décidant de sauver un des deux captifs, pour le renvoyer à Mycènes, chargé d’un message pour Electre sa sœur. Et elle avoue sentir une certaine faiblesse inconnue pour l’un des deux prisonniers, qui lui rappelle l’image d’Oreste (et pour cause). Petit air un peu triste, Gracieux et lentement, D’une image trop chérie…, qui s’apitoie encore sur la disparition d’Oreste.

Entrent les deux captifs séparés plus tôt, qui sont très content de se revoir.

Iphigénie leur annonce la bonne nouvelle: l’un des deux vivra. Trio — où chacun des deux hommes espère qu’elle va sauver l’autre.

Elle tranche: c’est Oreste qui vivra (et puis elle sort).

Argh !

Pylade est très content: O moment trop heureux, ma mort (t)à mon ami va donc sauver la vie.

Mais Oreste ne l’entend pas de cette oreille-là, et il se lance dans un duo avec Pylade: Et tu prétends encore que tu m’aimes, lui reprochant de ne pas l’aimer parce qu’il ne l’envoie pas à la mort, malgré les Noires Euménides qui le hantent.

D’ailleurs elles débarquent et lui font très peur (cette fois-ci nous ne les voyons pas, mais la musique les suggère). Pylade prend peur aussi, alors Oreste n’est pas très content, et lui fait de nouveaux reproches.

Du coup, petit air avec des hautbois, des violons et des celli et bassons en BC : Ah mon ami, j’implore ta pitié: Pylade veut se faire pardonner d’avoir laissé tomber Oreste face aux Euménides, tout en le suppliant de souscrire au choix de la prêtresse.

Et voilà justement Iphigénie qui revient. Oreste fait tout un esclandre, menace de se tuer si Pylade n’est pas sauvé; Iphigénie doit donc changer d’avis et annonce que ce sera Oreste qui sera sacrifié, et on l’emmène.

Elle confie sa lettre à Pylade, en lui demandant de la remettre entre les mains d’Electre. Surprise de Pylade: quel rapport les unit? Elle ne veut pas lui dire et elle va se pomponner avant le sacrifice.

Pylade reste seul, et prend une décision: il va sauver Oreste ou mourir: Divinité des grandes âmes, air un peu animé (142 à la noire environ), hautbois, bassons, cors, trompettes, timbales en do et sol, violons et archi, do majeur, 4/4, ambitus du sol au la. Il sort en courant.

Tonnerre d’applaudissements pour Pylade héroïque.

Les violons se raccordent peut-être.

Mardi 20 octobre 2009, J 19.

Deux heures tapantes.

Après avoir vu ces derniers jours le studio rempli de danseurs et de choristes dès le début de la journée de travail, c’est presqu’étrange de ne retrouver que les solistes ce matin: l’équipe tout à coup minuscule !

Kres semble bien s’être reposé pendant son day off — de toute la matinée il ne se déplacera hors scène que sur un cheval imaginaire qui l’accompagne partout.

Ambur débarque avec la plus magnifique coiffure fin dix-huitième que nous ayons vus — et faite avec ses vrais cheveux. Une pièce montée réalisée pour un spectacle qu’elle faisait hier soir, et elle ne peut pas défaire les épingles et démêler les mèches entrelacées sans aide d’un coiffeur. L’effet est saisissant, mais nous ne pouvons pas nous empêcher de rire un peu quand elle apparaît en Diane derrière l’autel à la toute fin de la pièce.

Nous filons dans la première moitié de la journée l’opéra une première fois — sans les chœurs et les ballets.

Le soir, un autre de ces évènements en l’honneur des donnors d’Opéra Atelier: ce qu’ils appellent une open rehearsal, c’est-à-dire une répétition où peuvent assister les plus généreux mécènes de la compagnie, triés sur le volet. Une trentaine de vieillards pour la plupart se massent donc à partir de 19h dans le vestibule du studio, autour de collations prévues pour eux, tandis que nous nous terrons dans le studio en lui-même, cachés par un rideau que nous avions tiré, nous préparant pour le filage, que nous avions prévu indépendamment de l’évènement.

Mais ce soir, la chose est plutôt amusante. De voir tous ces gens parfaitement normaux groupés dans un coin du studio, avides de découvrir les coulisses d’un opéra, prêts à être confronté à ce qui leur semble devoir être l’émotion d’une vie (ou d’une demi-saison, puisqu’à moins qu’ils cessent brusquement d’être généreux, ils sont invités ainsi pour chaque spectacle).

Et même si leur visages restent assez inamovibles pendant la majorité du temps du filage, qu’ils semblent insensibles à ce qui se déroule devant leurs yeux — certains seront simplement un peu crispés pendant les grandes scènes un peu ambigües entre Pylade et Oreste, d’autres auront un petit sourire ému pendant les airs tristes d’Iphigénie —, leur joie à être là, et leur plaisir devant la qualité du travail de toute la compagnie sont très perceptibles.

Et le filage se passe excellemment bien — malgré de très léger cabotinages de notre part à tous au début, nous oublions vite la présence des nouveaux venus — Peggy, Curtis et Tom sont notamment magiques — mais Olivier qui s’est fait teindre la barbe et les cheveux en noir très foncé est terrifiant, et Kres pète le feu. Les danseurs sont démontés, et très beaux à voir, tous.

Et je commence à être un peu content de mon travail déclamatoire avec les chanteurs, qui devient de plus en plus visible — Jeannette dans le taxi du retour me complimente même, ce qui me touche immensément.

Je pense que l’arrivée d’un public nouveau, si petit soit-il, a changé beaucoup de choses, et redonné une nouvelle énergie très vive à l’ensemble.

Et le spectacle sera vraiment très beau

Mercredi 21 octobre 2009, J 20.

Minuit.

Nouveau filage encore, ce soir, depuis le début de l’ouverture (pour la première fois), et avec tous les ballets bien entendu.

Un filage extraordinaire. Le français est parfait — on a parfois vraiment l’impression de n’entendre parler que des français entre eux sur scène (car on en arrive même à oublier que les récitatifs sont chantés !). Il ne reste plus qu’à polir quelques voyelles, pour les rendre plus claires et belles encore, mais je suis très heureux du travail des chanteurs là-dessus. Et Jeannette me complimente sans cesse !

Tout le monde est au meilleur de sa forme, et le spectacle a vraiment de la gueule maintenant. Le drame est porté haut la main par tous les chanteurs, et les ballets sont magnifiques. La succession d’airs un peu animés de l’acte un est une pure merveille — tantôt d’une délicatesse extrême, tantôt d’une sauvagerie barbare, comme la musique.

Nous sommes donc tous euphoriques et avons grande hâte de nous retrouver encore demain — le dernier jour avant que l’orchestre ne nous rejoigne !

Jeudi 22 octobre 2009, J 21.

Raisonnablement tôt.

Journée très détendue, malgré mon arrivée très matinale au théâtre. Quelques heures pour revoir des scènes dans l’après-midi, suivies le soir par un nouveau filage. Tout le monde est très content, et il y a de quoi !

Je reste ensuite avec Linda jusques à près de trois heures devant la télé pour regarder toute la saison deux de Trailer Park Boys, une série politiquement incorrecte canadienne, et extrêmement drôle et tendre, qui se passe dans un trailer park de Nouvelle-Ecosse.

Vendredi 23 octobre 2009, Day off 5.

Deux heures moins vingt.

Réveil un peu précipité, pour retrouver Marshall aux bureaux de la Compagnie, avant que nous nous rendions chez un galeriste d’estampes japonaises, que nous collectionnons tous les deux. Nous y passons un bout de temps, nous extasiant devant des épreuves de très haute qualité, puis nous nous rendons au studio, où nous parlons des heures.

J’apprends simplement une très mauvaise nouvelle : à cause des règles syndicales, je ne pourrai actionner la machine à vent pendant les représentations, à moins d’être payé pour le faire, ce qui est absurde. Ce sera donc un choriste qui ne chante pas pendant l’ouverture qui devra le faire… Je suis très triste, cela s’entend.

Le chœur arrive à 19h, et je les fais travailler leur français une fois de plus — je suis complètement hyperactif, et très heureux de travailler avec eux — plaisir que j’ose croire partagé, car ils sourient beaucoup à mes retours et semblent les attendre. Et c’est très agréable d’entendre à nouveau les chœurs à pleine voix, après tout ce temps où nous devions nous contenter soit de Fallis, soit de Vicki, soit de moi…

Demain, grosse journée, où absolument toute l’équipe du spectacle sera présente: nous répétons enfin avec l’orchestre, tandis qu’Andrew sera de retour, et les choristes seront là également, pour travailler avec lui pour la première fois sur ce spectacle.

Le bonus du day off :

 

Un nouveau Polaroïd 600, montrant l’auteur de la présente portant fièrement son Kilt, en compagnie de Curtis et de son fils cadet
© Charles di Meglio pour Muse Baroque, 2009

 

Charles Di Meglio