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Iphigénie en Ontario.V-L'Orchestre (du 24 au 25 octobre)

Publié dans : Bonus - Digressions
25 octobre, 2009

Iphigénie en Ontario 

Journal de répétitions avec du suspense, de l’action, de la musique, des Polaroïd 600 et des ballets, par Monsieur Charles Di Meglio augmenté for the eyes delight de photographies disparates

 

V-L’Orchestre (du 24 au 25 octobre)

 

Samedi 24 octobre 2009, J 22.
19h 45.

Tandis que les danseurs répètent seuls ce soir, et bien que je comptais rester, je m’esquive de la répétition, crevé – mon cerveau s’étant plus ou moins éteint pendant la pause-souper. 

Car nous avons eu une grosse journée aujourd’hui, extrêmement intéressante, et enthousiasmante.

Non seulement nous avons retrouvé Andrew, rentré d’Angleterre hier soir, dans sa forme joviale toujours aussi amusante, mais nous avons enfin répété pour la première fois avec tout l’orchestre de Tafel Musik Baroque et les chœurs.

Et dès les premières notes, c’était l’euphorie pour nous tous: l’opéra  prenait tout à coup une dimension nouvelle, plus grand et ample – et nous le redécouvrions presque, toutes les nuances, l’orchestration révélant le texte bien plus qu’une réduction pour piano, quelles qu’aient été les immenses qualités de Ben et Jim !

Et nous entendions vraiment la ligne de basse pour la première fois – et elle a une formidable ampleur, les violoncelles étant rejoints par deux contrebasses, disposées de part et d’autre de l’orchestre.

Les solistes ont donné leur pleine voix, sans hésiter, et tout le monde vibrait d’une immense énergie – même l’orchestre rentré hier ou ce matin d’une tournée au Mexique. D’avoir les vrais chœurs pour succéder aux vraies parties des chanteurs changeait tout également, et tout devenait lisible, clair et beau. Beau certes, mais il faut avouer que nous n’avons pas manqué de tous éclater de rire au moment où l’on entendait pour la première fois de  la production le chœur barbare et sauvage des Scythes « Les Dieux apaisent leur courroux » ponctué par ses cymbales et tambours. C’est bien sûr une musique sublime, mais tellement drôle!

Nous arrivons à voir tout ce qui était prévu, et même un peu plus – jusqu’au milieu de l’acte III. Andrew, qui était déchaîné et surexcité semble très heureux de son orchestre (qu’il commence à bien connaître) - et nous sommes tous plus que ravis de cette répétition.

 

Dimanche 25 octobre 2009, J 23.

22h 45, par 4°C (ce matin), dixit le thermomètre des écrans du métro.

Suite des répétitions avec orchestre et chœur.

C’est amusant de découvrir parfois des parties qu’on ne soupçonnait pas trop dans l’instrumentation, même après qu’on ait entendu la chose une première fois, comme des clarinettes discrètes, que l’on devine dans le tutti, mais dont la ligne devient limpide une fois qu’Andrew les ait entendues seules une fois ou deux. Nous voyons toute la fin de l’opéra dans l’après-midi.

Puis le soir: Wandelprobe (littéralement, répétition où l’on déambule), c’est-à-dire, premier et dernier filage avec tout le monde, avant d’emménager dans le théâtre. On doit donc condenser un peu l’orchestre, pour laisser l’espèce scénique entièrement vide, ainsi que celui dévolu aux gens de l’ombre, stage managers, metteur en scène, diction coachfight director

Le studio est bien sûr plein à craquer, mais c’est amusant. Marshall et moi sommes dans un petit coin, juste derrière les percussions — inutile de préciser que je suis survolté dans l’attente des grands chœurs sauvages (qui seront noyés par les tambours et les cymbales, de mon poste).

Avant d’attaquer le filage, nous faisons quelques raccords entre l’orchestre et les danseurs, pour s’assurer que les transitions marchent bien et que les tempi sont justes, pendant que les danseuses dans les ailes assouplissent inlassablement leurs chaussures à talon Richelieu.

Et bien sûr, les ballets, portés par l’orchestre pour la première fois, sont encore plus beaux que jamais.

Andrew n’hésite pas à donner quelques nouvelles consignes, ou à en rappeler, aux musiciens pendant qu’il dirige, sans s’arrêter, dans le feu de la chose. Mais la wandelprobe étant aussi le moment où l’on doit vraiment harmoniser l’ensemble, trouver une vraie cohésion, nous devons parfois nous arrêter pour reprendre quelques passages: Andrew, Marshall, les chanteurs et moi sommes heureux d’avoir réussi d’avoir réussi à obtenir un rythme de discours quasi-parlé dans les récitatifs, mais cela demande évidemment plus de peaufinage, un orchestre étant moins malléable qu’un pianiste seul!

Lorsque l’orchestre est présent, la loi nous oblige à prendre une demie-heure de pause toutes les heures et demie (sinon c’est simplement un quart d’heure). C’est complètement idiot, et surtout ça ne prend en considération que les musiciens, sans penser aux pauvres chanteurs et surtout danseurs qui se refroidissent horriblement pendant un temps si long. Mais un membre de l’equity veille à ce que la loi soit respectée — et les pauvres muscles en souffrent.

Avant la fin de la pause de l’orchestre, comme tous ne sont pas tenus d’en avoir une si longue, nous revoyons la grande bataille de la fin — hier, pendant la répétition où je n’étais pas, un danseur a failli se faire éborgner avec les épées, à cause d’un dérapage d’énergie mal contrôlée, et Jen est donc très tendue. Mais tout rentre dans l’ordre de soi-même, et se passe sans problème. 

Reprise du filage. Nous sommes, bien que vidés, extrêmement heureux, comblés et joyeux à la fin.

 

Charles Di Meglio