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“J’advertis l’intelligence que cette musique est dans le style moderne, très en vogue à la cour.”

Museor
31 décembre, 2009

Juan Francès De IRIBARREN (1699-1767)

Jayme TORRENS (1741-1803)

Arde el furor intrepido

Musique de la Cathedrale de Málaga au XVIIIème siècle.

 

Arde el Furor intrépido (1751)
Prosigue acorde lira (1740)
Nebado albergue (1742)
Guiados de una Estrella (1789)
Soberano Señor (1773)
O! Adalid invencible (1783)
Alegrese la tierra (1742) 

Maria Espada – soprano
José Hernández Pastor – alto 

Orquesta Barroca de Sevilla,
Direction Diego Fasolis. 

67’19, Obs Prometeo, 2009.

En ce mois de novembre bien humide, qui ne songe pas à l’évocation de Málaga aux rayons bénéfiques du soleil andalou, ou bien aux subtiles douceurs du vin de ce nom.  Bien avant la saison des maillots de bain, et bien loin de la mode des bains de mer, le baroque fait briller ses ors dans le ventre même de la Cathédrale maritime du port andalou. La musique religieuse espagnole est en tous points étonnante, surtout à partir du premier tiers du XVIIIème siècle, lorsque l’Espagne s’est éveillée à la musique napolitaine, introduite par les courtisans de la reine Isabel Farnèse et sublimée plus tard par le goût de Carlo Broschi Farinelli. À croire la multitude d’enregistrements et d’ensembles sur instruments anciens espagnols, la Péninsule ibérique dévoile enfin ses bijoux du Siècle d’Or. Outre les captations de Samaniego, de Terradellas ou bien d’autres Martín y Soler et Juan Crisostomo Arriaga, c’est Diego Fasolis et l’Orchestre Baroque de Séville qui nous offrent des cantates de circonstance du fonds de la Cathédrale de Málaga. De la longue liste de maîtres de chapelle, le XVIIIème siècle se distingue par Juan Francés de Iribarren et Jayme Torrens. Le premier plus près du style napolitain en vogue dans toutes les cours à partir des années 1730 rend ce récital volcanique, par ailleurs, la musique de Jayme Torrens est plus sobre, assez proche de la piété enjouée de Joseph Haydn.

Ce disque tient son titre de l’air « Arde el furor intrepido » (“S’embrase la fureur intrépide”) de Juan Francés de Iribarren. Ouvrant le récital avec ardeur, cet air de circonstance s’envole avec éloquence tout comme la flamme et le transport furieux de l’impie qu’il décrit. Dès lors nous découvrons la totale appropriation du style napolitain par Juan Francés de Iribarren, que ce soit dans les préludes instrumentaux de la cantate « Prosigue acorde lira » ou bien dans les airs tendres de Nebado Albergue ou la joie débordante de « Alegrese la tierra », Juan Francés de Iribarren développe les codes italiens et les sublime en leur donnant une puissance étonnante pour des airs d’église. On verrait bien certains morceaux sur les planches des opéras de Rome, de Venise ou de Naples.

Par ailleurs, avec un style beaucoup plus versé vers le classique, Jayme Torrens apporte dès le premier récitatif de « Guiados de una Estrella » une puissance qui va accompagner sa présence dans ce disque. Diego Fasolis et l’Orchestre Baroque de Séville ont choisi trois “villancicos”, chants de Noël, où la plupart des grands musiciens espagnols ont excellé. Le compositeur emploie volontiers des rythmes plus posés que son prédécesseur Iribarren, il met l’accent ainsi sur un recueillement tendre, une sorte d’adoration plus mystique que dramatique. Ceci se vérifie dans les airs de Soberano Señor et de « O! Adalid invencible » qui sont tous les deux des andanti. En quarante années on peut constater l’évolution stylistique entre Iribarren et Torrens, la musique religieuse s’adaptant aux tendances musicales profanes de la cour et de la scène.

Afin d’entendre l’évolution des styles et d’éveiller les fastes engourdis de ces musiques, les interprètes ont eu l’intelligence et la sensibilité de nous restituer ces pièces avec fougue et virtuosité. Tout d’abord la soprano Maria Espada, qui, malgré quelques aigus tirés, s’investit dans l’interprétation et restitue la langue espagnole avec clarté. Son « Arde el furor intrepido » explosif et énergique constitue une éruption de virtuosité. Dans le très beau Cantabile « Ya sonoros los acentos » de la cantate « Prosigue Acorde lira », la voix est à la fois ferme et tendre pour décrire l’accent des vents. Espada nous montre encore sa maitrise et sa sensibilité dans les cantates de Jayme Torrens pour se surpasser dans le duo qui clôt le récital. Nous espérons entendre encore l’artiste en espagnol ou en italien, tout ce que sa voix voudra nous transmettre.

Par ailleurs, l’alto charnu de José Hernández Pastor est sensible dans les passages lents, mais la voix reste assez obscure et la prononciation en souffre. Toutefois, l’interprétation dénote une beauté contemplative et recueillie, en accord avec le propos religieux des cantates, et le duo final avec Maria Espada s’avère superbe.

Sans hésiter nous couronnons Diego Fasolis, inspiré, sensible et vif qui a su rendre la subtilité des pages napolitanisantes des musiciens de Málaga. À la tête de l’Orchestre Baroque de Séville aux couleurs pléthoriques, le chef se montre tout aussi brillant qu’avec ses Barrocchisti habituels.  Ce récital est la preuve que la ville de Málaga cache bien de trésors sous ses semblants de villégiature estivale. Tout comme les récentes recréations des musiques de Terradellas, de Ruiz Samaniego et Martín y Soler, le retour des baroqueux s’affirme de plus en plus ibérique.

Pedro-Octavio Diaz

Technique : prise de son riche en dépit de contours parfois imprécis.