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« J’aimerais mieux avoir peint la chapelle Sixtine que gagné bien des batailles même celle de Marengo  » (Gustave Flaubert)

Museor
31 décembre, 2010

Giovanni Pierluigi da PALESTRINA

Missa Papae Marcelli, Motets

Palestrina_odhecatonOdhecaton
Direction Paolo Da Col 

65’12, Arcana/Outhere, 2010.

 

 

Et bien la voici cette Chapelle Sixtine colorée, avec ses corps virils et musclés, son mouvement, l’effroi de son Jugement dernier, ses corps contorsionnés en apesanteur ! Nos confrères semblent unanimes, et comme un chevalier banneret à l’appel de son suzerain, nous nous alignerons avec eux cette fois-ci en bataille, pennons claquant au vent pour célébrer cette parution tout à fait mémorable de cette Missa Papae Marcelli dédiée par Palestrina à Marcel II qui n’occupa le trône de Saint-Pierre que ce que vive les roses, à savoir 23 courtes journées.

Sans nous attarder sur la reliure du volume in-folio ou son écriture polyphonique voire mélodico-contrapuntique dense à 6 voix, il faut saluer sans réserve l’usage d’un chœur conforme aux effectifs présumés de la Chapelle Pontificale (6 contre-ténors, 6 ténors, 2 barytons, 5 basses) uniquement constitué de voix masculines adultes et chantant voce plena, c’est-à-dire à voix pleine, conformément aux préceptes du théoricien Gioseffo Zarlino cité par Paolo Da Col dans ses notes de programme du plus haut intérêt.

Tout comme Gerhardt Schmidt-Gaden avait rendu à la Contre-Réforme triomphante les Psaumes de la Pénitence de Schütz (Capriccio), Paolo Da Col dépeint une Messe incroyablement fluide et lumineuse, d’une écriture dynamique et variée, où le contrepoint imitatif et la mélodie qui en résulte surgissent avec une clarté inspirée et une modernité surprenante. Exeunt les interprétations d’une austérité verticale, d’un angélisme plat, d’une piété confite dans la tradition des chœurs anglicans que l’on croise parfois (et nous n’avons rien contre le schisme initié par Elisabeth).

Cette réussite repose sur la rigueur d’Odhecaton et sur l’équilibre des pupitres du chœur, très aéré, dégageant une vision sereine, pleine de vitalité, d’une énergie concentrée et sculpturale dans ses jeux d’échos. Les passages homophoniques du Gloria et du Credo permettent au chef d’insuffler une opulence majestueuse, tandis que l’usage de « blocs sonores » autorise un dialogue renouvelé entre les voix, traitées comme autant de solistes, loin de tout hiératisme. Odhecaton a donc rendu à Palestrina la lumière et les reflets de la Péninsule, passant du catafalque dévot aux fresques polychromes, et l’on ne peut que s’en réjouir. Un dernier mot enfin pour louer l’intelligibilité du verbe (cf. par exemple le Christus resurgens de Felice Anerio inséré entre le Credo et le Sanctus) et redire l’exubérance inspirée de cette vision exemplaire et d’une latinité charnelle.

Anne-Lise Delaporte

Technique : prise de son naturelle et claire.