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Jaquette affreuse, enregistrement sublime

Musemois
10 novembre, 2006

« Dolce Mio Ben »

Cantates italiennes et airs d’opéra de Gasparini, Conti, Fedeli, Sarri et Magini.
 

Œuvres composées vers 1700 provenant de la bibliothèque du Château de Sondershausen.

Maité Beaumont (soprano),
Lautten Compagney, dir. Wolfgang Katchner
Berlin Classics 2004.

A première vue, ce digipack où Maïté Beaumont sourit béatement alors que s’inscrivent en lettres dorées un énorme Maïté Beaumont et un petit Dolce Mio Ben ressemble à s’y méprendre à une publicité pour cosmétiques, ou un disque de variété. En outre, le livret, d’une grande indigence, n’offre la traduction des textes italiens chantés qu’en allemand.

Juste avant un bel enregistrement de Teseo de Haendel (DVD Arthaus), Wolfgang Katchner a exhumé des manuscrits de la petite cour de Günther von Schwarzburg quelques cantates et airs d’opéras de compositeurs italiens à la mode dans les années 1700, aujourd’hui tombés aux oubliettes. En dépit de ses effectifs limités, les œuvres présentées n’en sont pas moins à la fois originales et d’une écriture très ciselée qui change enfin un peu de Vivaldi ou Haendel.

A la tête de sa Lautten Compagney, le chef accompagne amoureusement sa soprano, en privilégiant la beauté des timbres et le climat sanguin de la Naples baroque. L’orchestre sonne étonnamment ample, et les tempi sont vifs et engagés. Maïté Beaumont se délecte de cet écrin instrumental et nous gratifie d’un récital sublime. Son timbre plein et corsé, son aisance technique et la délicatesse de son chant lui permettent de passer aisément du désespoir amoureux « Dolce mio ben » aux airs de jalousie « Son disprezzato da un core ingrato » dont elle franchit les coloratures avec naturel. L’ensemble mérite sa Muse pour la poésie chaleureuse et la conviction dramatique qui s’en dégage. A écouter d’urgence…

Viet-Linh Nguyen

Technique : Prise de son aérée et bien équilibrée, avec une attention particulières aux cordes pincées.