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« Je suis perdu des songes qui me viennent » (Jacques Amyot)

Musemois
10 janvier, 2011

Antonio CALDARA (1670-1736) 

« Caldara in Vienna »

Liste des airs

L’ Olimpiade : Lo seguitai felice
Demofoonte : Misero pargoletto
La Clemenza di Tito : Numi assistenza…Opprimete i contumaci
L’ Olimpiade : Mentre dormi Amor fomenti
Temistocle : Non tremar vassallo indegno
La clemenza di Tito : Se mai senti spirarti sul volto
Scipione nelle Spagne : O mi rendi il bel ch’io spero
Ifigenia in Aulide : Tutto fa nocchiero esperto
Adriano in Siria : Tutti nemici e rei
Lucio Papirio dittatore : Son io Fabio…Troppo è insoffribile fiero martir
Temistocle : Contrasto assai più degno
Enone : Vado o sposa
Achille in Sciro : Se un core annodi

Philippe Jaroussky, contre-ténor
Concerto Köln
Direction Emmanuelle Haïm

68’08, Virgin Classics, 2010.

 Janvier-Février 2011. Certains – et cela inclut d’éminents membres de notre rédaction -, certains trouveront que cette Muse du Mois se révèle trop convenue et trop prévisible, tout comme le dernier récital de Philippe Jaroussky. Que la formule du récital est trop fragmentée, sorte de « best-of » ou de mise en bouche à laquelle manque la rigueur d’une belle intégrale d’un opéra de Caldara qu’on attend encore (si l’on excepte le superbe oratorio de la Maddalena Ai Piedi Di Cristo dirigé par Jacobs chez Harmonia Mundi  avec Maria Cristina Kiehr et  Andreas Scholl). Certains, toujours eux (mais nous ne citerons pas les noms des heureux et téméraires dissidents), stigmatiseront un chant d’une perfection trop lisse, trop aseptisée, d’un baroque finalement trop classique, à l’image de cette photo charmeuse de Philippe Jaroussky souriant qui fait suite au portrait anonyme d’un Caldara bouffi (cf. ci-dessous) dans une confrontation cruelle pour le compositeur. Ils n’auront pas totalement tort, mais nous ne leur concédons donc que partiellement raison…

Anonyme, Portrait d’Antonio Caldara © Museo internazionale e biblioteca della musica (Bologna)

En effet, il faut saluer d’une part la redécouverte de remarquables pages issues de la production opératique foisonnante du Vizekapellmeister de l’Empereur Charles VI qui composa plus de 80 œuvres de ce type (opéras, sérénades, cantates solennelles), dont une cinquantaine concentrées rien qu’en l’espace d’une vingtaine d’années entre 1716 et 1736, pour le plus grand bonheur de la vie musicale curiale de la Vienne des Habsbourg. Si les premiers airs – quoique ciselés – ne soulèvent pas l’enthousiasme, le récital prend son essor avec l « Opprimete i contumaci » de La Clemenza de Tito, avec ses violons saillants et carrés, sa mélodie d’une sécheresse fière que Philippe Jaroussky aborde avec vigueur. Un « Mentre dormi amor fomenti », berceuse galante accompagnée d’aimables flûtes contraste fortement avec l’air précédent, et permet au contre-ténor de faire montre d’un phrasé rêveur, et d’un timbre plus velouté, épanoui tendre, moins serré dans les aigus que lorsqu’il combat de redoutables coloratures, telles celles du jubilatoire air de fureur « Non tremar vassallo indegno » ou du « O mi rendi il bel ch’io spero » moins original.

Le style particulier de Caldara, d’un italianisme lyrique et très mélodique, avec des instruments obligés sensibles, éclate dans certains airs ô combien évocateurs. Le « Tutto fa nocchiero esperto » issu d’Ifigenia in Aulide est de ceux-là, avec les arabesques violonistiques qui tressent un feuillage à un chant d’une apparente simplicité, déroulant ses gracieux frémissements que Jaroussky rend avec un optimisme naturel et une aisance nonchalante. « Vado o sposa » d’une noblesse nostalgique, moins désespérée qu’empreinte de tristesse teintée de ressentiment est de la même veine, pudique mais théâtrale.

Enfin, il ne faut pas passer sous silence que ce « Caldara in Vienna » bénéficie d’un Concerto Köln complice et attentif, vif et précis, mené avec élégance par Emmanuelle Haïm depuis son clavecin. Si les violons se détachent par leur abandon lyrique, ou le clapotis de leurs pizzicati, on regrettera un relatif manque de couleur du côté des hautbois, du basson ou du luth (ce dernier étant peu audible tout au long de la captation), ainsi que des basses peu présentes.

Viet-Linh Nguyen