Close

Jubilate

Museor
12 janvier, 2014

« Alleluia »

Liste des airs

Antonio VIVALDI (1678 – 1741)
In furore iustissimae irae, RV.626 – Motet

George Frederic HAENDEL (1685 – 1759)
Saeviat Tellus Inter Rigores, HWV 240 – Motetto per la Madonna Santissima del Carmine

Nicola PORPORA (1686 – 1768)
In Caelo Stele Clare Fulgescant

Wolfgang Amadeus MOZART (1756 – 1791)
Exsultate, jubilate, K.165


Julia Lezhneva, soprano
Il Giardino Armonico
Direction Giovanni Antonini

60’46, Decca, 2013.

Mea culpa Julia. Nous avons laissé de côté cette parution, sur un coin d’étagère, après une première écoute très partielle qui ne nous avait pas convaincus, en particulier l’ouverture du disque, avec les rodomontades nerveuses et excitantes mais bien vaines du « In Furore », dévalant les doubles croches avec boulimie. Ca remue, ça secoue, mais une certaine fatuité superficielle nous a rebutés. Et puis nous nous étions penchés sur le plus rare In caelo de Porpora. Là encore, les agréables volutes du mouvement initial s’étaient vite dissoutes dans le souvenir aimable mais non impérissable d’une mélodie bien ornée. C’est donc après un ultimatum de la Rédaction, fâchée à raison de notre silence, que nous avons presque comme une corvée, remis la galette argentée sur le lecteur, sorti notre bloc-notes, esquissé une moue. Et là, après l’aria vivaldienne d‘In Furore toujours aussi violente et explicite (interdite aux moins de 16 ans), nous redécouvrons dans le bref récitatif « Miserationum Pater piissime » un chants sensible, nuancée, bien tempéré et fervent, la droiture douce de Julia Lezhneva. L’intense « Tunc meus fletus » où Il Giardino Armonico se fait d’une discrétion de velours, laissant la soprano s’égarer dans les méandres de l’espoir et des pleurs, reflétant parfaitement les affects contradictoires de ce texte « mes larmes réchaufferont mon coeur de joie », nous font même oublier le soin apporté aux articulations et à la diction, l’agilité dans des aigus légèrement pincés mais très purs, l’ampleur générale, d’une générosité lyrique. 7 minutes 40 absolument magnifiques que le sautillant et extraverti Alleluia conclusif, mondain, presque convenu, font regretter.

Le Serviat tellus inter rigores de Haendel (dont on retrouve le premier air dans Rodrigo et Rinaldo) est une œuvre de jeunesse qui sent l’Italie d’Il Trionfo, et Il Giardono Armonico se réjouit de l’opulence des timbres, des cordes saillantes, des hautbois piquants. Mais encore une fois, c’est après l’esbroufe opératique que l’oeuvre convainc, lors d’un air air en forme de berceuse, « O nox dulcis », avec un beau continuo à l’orgue, très apaisé. Julia Lezhneva encore une fois sait élégamment doser le charme mélodique, la sensualité latente, la droiture tragique de cet air de sommeil qui aurait tout autant sa place dans un bon seria. Ibid pour le Stellia fidae dont le violoncelle obligé se retrouve dans Rinaldo, cependant plus vain.

On passera discrètement sur le motet de Porpora, qui en dépit d’un très charmant « Care Deus cordis amantis » d’une galanterie un peu pergolésienne, confine à la mignardise. La soprano ne s’y trompe d’ailleurs pas, et accumule les ornements, qui pour techniquement remarquablement exécutés, n’en sont pas moins incroyablement narcissiques et décoratifs.

Enfin, l’Exultate Jubilate, très réussi, permet à la chanteuse de basculer dans la grandeur mélodique mozartienne, et les tempi équilibrés, d’une noblesse fluide et naturelle de Giovanni Antonino, couplés à la souplesse solaire de Julia Lezhneva achèvent d’emporter toute réserve le temps infini d’un « Tu virginum corona » aérien et tendre.

Sébastien Holzbauer

Technique : captation très diaphane, avec la voix de Julia Lezhneva très bien mise en valeur.