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Hibernatus (Keiser, Pomona, Capella Orlandi Bremen, Ihlenfeld – CPO, 2014)

Muse4
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
22 mars, 2015

Reinhard KEISER (1674-1739)

Pomona (Sieg der fruchtbaren Pomona)

Opéra représenté à Hambourg, le 18 ou 19 octobre 1702.

pomona

Pomona – Melanie Hirsch

Vertumnus – Magdalene Harer
Flora – Doerthe Maria Sandmann
Ceres – Olivia Vermeulen
Mercurius – Julian Podger
Zephyrus – Knut Shoch
Jasion / Jupiter – Jan Kobow
Bacchus – Raimonds Spogis
Vulcanus – Jörg Gottschick

Capella Orlandi Bremen
Dir. Thomas Ihlenfeldt

2CDs, 122′, CPO, 2014

On parle et surtout on entend de plus en plus d’opéras de Keiser pour notre plus grand bonheur, notamment depuis l’extraordinaire resurection du Croesus sous la baguette de René Jacobs en 2000 (Harmonia Mundi). En effet cet immense compositeur a toujours pâti de l’ombre de Haendel (son premier violon et parfois assistant à Hambourg) et de Telemann, son successeur au poste d’ « intendant » au Gänsmarktoper de la grande ville Hanséatique. Au cœur de la crise mondiale des structures culturelles et surtout du CD, c’est quasiment un acte de franche rébellion que d’enregistrer un opéra oublié du maître de l’opéra hambourgeois. Saluons ici la constance dans la redécouverte du label germanique CPO, fidèle à son esprit de curiosité.

Dans sa vie rocambolesque, Reinhard Keiser a toujours cherché une place stable. Si bien le poste prestigieux de directeur de l’Opéra de Hambourg ne lui obtint que des ennuis, surtout par une vie quelque peu légère, la proximité avec le royaume du Danemark lui offrit des opportunités nouvelles. En effet c’est le roi Frédéric IV (1699 – 1730) qui ouvrit les portes de la cour à l’éminent Keiser. Ses voyages entre Hambourg et Copenhague se succèderont entre 1721 et 1727. Keiser y écrira certains opéras et y passera des longs séjours avant d’être nommé Kappellmeister de la cour.

Pomona fut créé pour l’anniversaire du roi Frédéric IV en 1702, et représente une oeuvre courtisane raffinée et élégante. Le livret célèbre les charmes du printemps florissant et de la divinité des fruits, belle métaphore de l’abondance dans un pays soumis aux frimas nordiques. La partition est délicate, sertie surtout d’airs allégoriques. L’instrumentarium est composé de bois, de vents et de cordes et continuo, on est très loin de la flamboyance trompettante du Croesus ou les rodomontades du Massaniello Furioso. La musique est étonnamment très bucolique, assez proche de l’évocation quasi-arcadienne.

Pour l’auditeur averti, quelques bribes nous offrent un aperçu de l’école de composition allemande dont sont issus Haendel et Bach. Keiser emploi l’émotion comme aiguillon pour faire avancer la mélodie et apporte aux ornements du contrepoint un écho intéressant et novateur, finalement il demeure le grand maître allemand de l’opéra.

Malgré la qualité de l’interprétation de la Cappella Orlandi Bremen et la direction pleine de bon sens de Thomas Ihlenfeldt, cette Pomona a plus un intérêt documentaire que réellement commercial. Il y a des beautés, certes, mais en comparaison des Croesus, Tomyris ou le merveilleux Jodelet, cette Pomona n’est pas un chef d’œuvre.

Les voix sont en outre inégales, la Pomona de Melanie Hirsch se révèle correcte mais sans relief, le Mercurius de Julian Podger intéressant, Jan Kobow récidive dans l’assassinat des rôles opératiques avec un Jasion et un Jupiter médiocres.

Keiser a la vertu des vrais génies, mais sa musique révèle les impostures et demeure un écueil néfaste. Le cumul d’une oeuvre de commande moyennement inspirée et d’une équipe motivée mais inégale ne permet pas de rehausser cette oeuvre au-delà de quelques beaux airs. Néanmoins, cette Pomona demeure ce qu’elle fut naguère, un cadeau curial d’anniversaire, une flatterie sucrée.

 

Pedro-Octavio Diaz