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La Bataille de Steinkerque (3 août 1692)

21 octobre, 2008

La Bataille de Steinkerque
(3 août 1692)

François-Henri de Montmorency Bouteville, Maréchal de Luxembourg, surnommé le Tapissier de Notre-Dame. D.R.

François-Henri de Montmorency Bouteville, Maréchal de Luxembourg, surnommé le Tapissier de Notre-Dame. D.R.

 

Cet article a été conçu comme un compagnon de la critique du Te Deum H. 146 de Charpentier, et de la Sonate du même nom de Couperin.

En 1692, la guerre de la ligue d’Augsbourg fait rage. Cette même année, la redoutable forteresse de Namur, point stratégique, est prise par Vauban, sous les yeux ravis de Sa Majesté Très Chrétienne.

Fin juillet, le Maréchal de Luxembourg, commandant de l’armée des Flandres, s’installe vers Enghien pour se rapprocher des forces coalisées anglo-hollandaises de Guillaume III d’Orange. Mais un agent français est arrêté le 31 par l’Electeur de Bavière. « Retourné » par l’ennemi, le bougre est contraint de se lancer dans une opération de désinformation à l’encontre de son ancien employeur, et envoie une missive au Maréchal.

Le 2 août, de Luxembourg apprend par son espion que les Coalisés feront « grand fourrage » le lendemain, sur la droite française, et s’attend donc à une belle journée calme. Pourtant, le Comte de Tracy découvre que l’ennemi se livre à de considérables mouvements de troupes et avertit son supérieur.

La Bataille

Le 3 août au matin, l’armée française est attaquée. Les effectifs en question sont quasi identiques, avec environ 80.000 hommes de part et d’autre. Pris de court, le Maréchal de Luxembourg ordonne à ses brigades de se ranger en ligne dès que possible, et masse son infanterie en un pâté de 5 rangs. La cavalerie est déployée derrière l’infanterie, et sur les ailes afin de couvrir les flancs.

Extrait de F. Bluche (dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Fayard, 1990.

Extrait de F. Bluche (dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Fayard, 1990. 

A neuf heures, l’ennemi débouche entre Rebecq et le Petit-Enghien, au nord de Steinkerque. Heureusement, le terrain très accidenté entrave son avance. Il faudra une heure pour que les coalisés soient au contact, ce qui ôte quelque peu l’effet de surprise. Les Coalisés portent leur coups sur l’aile droite de nos glorieuses troupes. Les Princes (le duc de Bourbon, le Prince de Conti, le futur Régent alors Duc de Chartres et adolescent, le Duc de Vendôme…) eux-mêmes donnent l’exemple en chargeant à la tête des troupes de la Maison du Roi, à peine vêtus (entendez la cravate mal nouée, nous y reviendrons). Toute cohésion tactique est illusoire en un lieu si peu commode. Par fraction séparée, toutes les lignes françaises prendront part à l’action. Par ailleurs, au cours de l’engagement, les piquiers abandonnent leurs armes obsolètes pour ramasser les fusils de l’ennemi. Enfin, le Maréchal de Boufflers arrive d’Enghien à marche forcée avec ses dragons, au son du canon. Grouchy aurait dû en prendre de la graine le jour de Waterloo. Il charge la cavalerie ennemie avec intrépidité.

Partout, la ligne française est triomphante A la tombée de la nuit, Guillaume III fait retraite, en bon ordre. Il a perdu 10.000 soldats, 1.300 prisonniers, 9 drapeaux qui iront décorer la nef de Notre-Dame, 10 canons. Selon Voltaire, le peuple est en liesse « Les acclamations et la joie allaient jusqu’à la démence » écrit t-il dans son Siècle de Louis XIV

La Cravate

Soldats français de la fin du XVIIème siècle. Planche extraite de René Chartrand, Louis XIV's Army, Osprey, Men-at-Arms. D.R.

Soldats français de la fin du XVIIème siècle. Planche extraite de René Chartrand, Louis XIV’s Army, Osprey, Men-at-Arms. D.R.

 

Le soldat français de la fin du XVIIème siècle est habillé d’un uniforme qui diffère peu du costume civil, si ce n’est par ses couleurs vives. Les troupes de la maison du Roi furent les premières à être dotées d’un habillement commun. Outre le prestige d’une élégante tenue et l’esprit de corps qui s’en dégage, l’uniforme permet de reconnaître l’identité des troupes sur le champ de bataille et d’éviter les coûteuses méprises. 

Vers 1690, le costume militaire est composé :Steinkerke2

  • d’un chapeau qui tend à évoluer vers le tricorne par l’agrafage des ailes des bords. Un galon renforce le feutre et reprend les couleurs des boutons (or ou argent faux).
  • d’un justaucorps qui prend de l’ampleur par les plis latéraux des basques. Les manches s’allongent et les parements sont de plus en plus larges, en botte ou en crevé.
  • le port de la veste se répand. Elle est plus courte que le justaucorps, mais possède des manches. C’est elle qui évoluera vers le gilet.
  • la chemise est très ample, descend au-dessous du genoux, faisant office de caleçon.
  • les canons de la culotte de drap ou de tricot s’amenuisent par rapport à la décennie précédente, les bas sont portés par dessus, et sont roulés au-dessus des genoux.

Au niveau de l’armement, le fusil à silex remplace peu à peu le mousquet à mèche. Les piquiers ne disparaissent qu’en 1704. L’épée est porté par tous.

Nous avons gardé le meilleur pour la fin : qu’en est-il de cette extravagante histoire de cravate à laquelle la bataille de Steinkerque est associée ?

La cravate est une pièce de tissu qui serre le col. Elle est nouée librement par devant et peu s’agrémenter d’un large nœud coloré lors des cérémonies. La légende veut que lors de cette sanglante journée, la Maison du Roi et les Princes n’aient pas eu le temps de faire le nœud correctement (ce qui n’est pourtant pas bien difficile puisqu’il s’agit d’un nœud simple). Ainsi, au lieu d’apparaître comme les soldats présentés ci-dessus, il se contentèrent d’enrouler la pièce de tissu, et de coincer le bout dans leur boutonnière. Après la victoire, cette mode faussement débraillée qui a un petit air de Régence se propagea à la cour. Et les gentilshommes ne portèrent plus alors que des cravates à la Steinkerque (cf. figure ci-contre de courtisan en 1693, en justaucorps sans veste).

  1. One Response to “La Bataille de Steinkerque (3 août 1692)”

  2. […] examinerons donc successivement :1/ La Bataille de Steinkerque, ses mouvements de troupes, et le costume militaire du temps.2/ l’excellent enregistrement de […]