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La cérémonie

Publié dans : Concerts - Critiques
22 mars, 2014

Johann Sebastian Bach

Suites anglaises n°4 , 5 & 6 BWV 809 – 811

Pierre Hantaï - Tous droit réservés

Pierre Hantaï – Tous droit réservés

Pierre Hantaï, clavecin Michael Mietke (copie) cc 1702/1703
 
Mardi 18 mars 2014, Amphithéâtre de la Cité de la Musique, 21h
Dans le cadre du cycle Johann Sebastian Bach – Les Tempéraments

Dans les pérégrinations d’un journaliste, il est des concerts particuliers. Le programme annonçait de belles heures, la renommée clamait de sa trompette altière la grandeur d’un interprète. Et l’illusion ajoutait un brin d’excitation, une puissance dans la fantaisie, une touche d’émotion dans le fantasme. Pierre Hantaï, interprète plus que reconnu de Bach de haut en bas et d’Est en Ouest, a réuni un consensus de satisfecit enthousiastes, y compris sur nos pages. On peut souvent lire l’éloge de sa précision, de la force intrinsèque de ses performances, la constellation de contrepoints quasi-parfaits que ses mains égrènent ravisent les plus mélomanes des Bachovores recueillis et béats.  Comme l’indique le passionnant Gilles Cantagrel, ces Suites Anglaises sont à la fois un chef d’œuvre de maitrise technique et de sens dramatique, un appel exotique vers des émotions non mesurées, malgré la signature continue de Bach.
 
Cérémonieux et sans accroc, parfait en somme, Pierre Hantaï a touché le clavecin, qui répondait, plaintif sous ses doigts. L’instrument (hélas une copie quand le Musée de la Musique regorge de trésors) était beau, et le calvaire de l’eucharistie Bach sublima ses bois et ses cordages harmonieux. Des suites anglaises, qui auraient pu nous éveiller à l’exploration d’un style par le Cantor de Leipzig, nous avons plutôt entendu un rituel de rigueur raide et superbe, quelques belles impasses. Pierre Hantaï se contenta de s’enfermer avec Bach dans le clavecin, il dialogua avec lui-même tout du long, et ce qui s’avère essentiel pour un travail préparatoire en devient décevant en récital. Contrairement à l’élégance un brin guindée de Gustav Leonhardt, qui explosait en humaine communion dès la première note, M. Hantaï dresse des murs de glace entre lui et son public ; la communication est brisée dès le départ. Et si Bach demeure une statue de bronze, sa musique peut toutefois apporter le sourire et la jouissance. Nous regrettons donc que le Bach de Pierre Hantaï soit si inaccessible, figure hiératique et hermétique, et incitons l’artiste  livrer ses émotions sans crainte. Nous ne vous mangerons pas, c’est promis, au contraire !

 

Pedro-Octavio Diaz