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La flûte de Céladon

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

« Le Berger poète » : suites et sonates pour flûte et musette

Liste des airs

Pierre Danican Philidor : 5e suite en mi mineur pour flûte et basse continue
Nicolas Chédeville : Sonate n°6 en sol mineur du Pastor Fido (attribué à Vivaldi)
Jacques Hotteterre : 2e suite en do mineur pour flûte et basse continue (Livre II)
Jean-Féry Rebel : Musette en ré pour flûte
Joseph Bodin de Boismortier : Sonate à quatre en la mineur, pour 3 flûtes et basse continue
François Couperin : Le Rossignol en amour (du XIVe ordre pour clavecin)
Dugué : Sonate en trio en do majeur pour musette, vielle et basse continue 

Les Musiciens de Saint-Julien

Alexis Kossenko, Philippe Allain-Dupré (flûtes traversières)
Matthias Loibner (vielle à roue)
Lucas Guimaraes Peres, (basse de viole)
André Henrich (théorbe, luth et guitare)
Stéphane Fuget (clavecin)
François Lazarevitch (flûte traversière, musette et direction) 

72’07, Alpha, 2009

Après un premier volume consacré aux « brunettes et contredanses » du XVIIIe siècle (« À l’ombre d’un ormeau », Alpha 115), Les Musiciens de Saint-Julien s’attaquent dans ce nouvel opus à la musique gravitant autour de l’univers pastorale : flûte et musette jouées par François Lazarevitch sont à l’honneur avec les grands noms du répertoire baroque instrumental français : Hotteterre, Philidor, Boismortier, Couperin même, et ce Chédeville dont la supercherie a si bien fonctionné qu’on attribue encore souvent son Pastor Fido (qui tire son titre de la pastorale de Guarini) à Vivaldi.

 Sur une basse soignée, variée et délicate, s’élève un son toujours sensible, que ce soit celui de la flûte copiée d’Hotteterre ou celui de la musette, trop souvent méprisée, que François Lazarevitch joue avec une maîtrise exceptionnelle. La virtuosité est bien là, assurée, aérienne souvent (Philidor, Gigue), mais aussi tendre dans ses aigus murmurés (Sarabande). Et quel noble aplomb dans les Allemandes, quelle finesse dans le moindre ornement ! Tout concourt à l’envoûtement de l’auditeur.

Symbiose parfaite, dès les premières secondes (Prélude de la 5e suite de Philidor) entre les musiciens, qui s’éloignent les uns des autres sans se perdre jamais, et sont animé d’un seul souffle. Symbiose absolue célébrée par la Sonate à quatre de Boismortier, où les trois flûtes (François Lazarevitch rejoint par Philippe Allain-Dupré et Alexis Kossenko), de modèles différents (deux Hotteterre et une Rottenburgh), semblent ne faire qu’un seul instrument dans l’Adagio initial, mais savent aussi se dissocier, se grouper par deux à d’autres moments, dans l’Allegro qui suit.

Jamais la musicalité des Musiciens de Saint-Julien n’est prise en défaut, même dans la Sonate en trio du mystérieux Monsieur Dugué qui clôt le disque, où la vielle à roue de Matthias Loibner se mêle à la musette pour une instrumentation au résultat plutôt déluré. Un Rossignol en amour — « Ce Rossignol réussit sur la flûte traversière on ne peut pas mieux quand il est bien joué » nous dit Couperin – frôle la perfection par la beauté du son, la finesse des attaques, la justesse de l’expression qui font de cette pièce de clavecin chérie des flûtistes un véritable bijou : la Nature, d’après Buffon, « a comblé [l’oiseau-mouche] de tous les dons qu’elle n’a fait que partager aux autres oiseaux : légèreté, rapidité, prestesse, grâce et riche parure, tout appartient à ce petit favori »  ; l’on est tenté d’appliquer la même description à la flûte de François Lazarevitch pour ce Rossignol.

Une grande variété de sentiments, de moyens musicaux, de formations, sans tomber dans l’excès d’hétérogénéité qu’aurait pu impliquer la présence d’œuvres, de compositeurs et d’instruments si divers, fait que l’ensemble séduit, si bien que tout le programme s’écoute sans regret, si ce n’est celui du bel âge d’or perdu qu’évoquent nos bergers poètes.

 Loïc Chahine

Technique : excellente prise de son très colorée.