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La foi catholique prônée… (Byrd, Infelix ego, Herreweghe, Collegium Vocal Gent – Phi)

Museor
10 avril, 2015

William Byrd (ca. 1540 – 1623)

Infelix ego

1. Emendemus in melius
2. Infelix ego
3. Ave Maria
4. Peccantem me quotidie (Alfonso Ferrabosco)

Mass for 5 voices

5. Kyrie
6. Gloria
7. Credo
8. Sanctus
9. Benedictus
10. Agnus Dei
11. Christe qui lux es
12. Miserere mei ( Philippus de Monte)

Byrd HerreweghePhilippe Herreweghe, direction
Collegium Vocal Gent 

Soprano: Juliet Fraser, Dorothee Mields*, Dominique Verkinderen
Countertenor: Marnix De Cat*, Alexander Schneider
Tenor 1: Stephan Gähler, Thomas Hobbs*
Tenor 2: Hermann Oswald, Manuel Warwitz*
Bass: Wolf Matthias Friedrich, Matthias Lutze, Harry van der Kamp*

* Infelix ego      

1 Coffret-livret 1 CD, j – Label Phi, 49’49, 2014

Enregistré du 3 au 5 août 2013, Chiesa di San Francesco, Asciano (Italie)

Cet enregistrement célèbre « passionnément » les fêtes pascales en un éloquent et vibrant hommage de la force de la foi. La foi Catholique y est prônée, telle était certainement la volonté de William Byrd, Alfonso Ferrabosco et Philippus de Monte.

Établir avec précision la date  des débuts de Byrd se révèle assez difficile. Laissons d’ailleurs le débat aux spécialistes afin d’écouter pleinement cette œuvre musicale et de reconnaître l’excellence et la qualité de ce compositeur qu’est William Byrd. Si des preuves sont nécessaires, l’une se manifeste conjointement avec Thomas Tallis, son maître supposé, en 1575 dans une publication commune d’un livret de motets – Cantiones sacrae – sur des textes latins. Ce dernier renferme 17 motets signés par les deux compositeurs, célèbrant l’achèvement de la 17ème année du règne d’Elisabeth Ière

La première pièce de ce présent enregistrement “Emendemus in melius” fait référence au premier dimanche de Carême. Ce motet, écrit pour 5 voix, se révèle étonnamment édifiant. Le nom de Dieu est honoré par la symbiose, la communion vocale du Collegium Vocal Gent. dont les voix parfaitement placées s’élèvent dans une profonde ferveur.

Une des plus grandes réalisations du XVIème siècle, marquant ainsi l’apogée de son œuvre, est le motet “Infelix ego”, méditation sur le psaume 50 écrit par le Dominicain Jérôme Savanarole (1452-1498). Même ravalé grossièrement à une « simple » juxtaposition de polyphonie et d’homophonie, l’œuvre déploie de toute la gamme des émotions d’une âme tourmentée entre la culpabilité, la peur, la colère, que seul le salut miséricordieux du Seigneur pourra sauver. Dorothee Mields, Marnix De Cat, Thomas Hobbs, Manuel Warwitz et Harry van der Kamp, par leurs 5 voix recueillies et enlacées donnent relief et vie à ce motet. De même; l’excellence sera de mise dans le repons funèbre “Peccantem me quotidie” composé par Alfonso Ferrabosco, tiré de textes du Livre des Lamentations, qui s’articule autour d’une ligne mélodique s’approchant du récitatif, avec des inflexions stéréotypées et fixes.

Dans la Messe à 5 voix, l’influence continentale se fait sentir à la faveur de la compréhension du texte et de la manière dont il est mis en musique. L’accentuation s’en trouve renforcée et apporte encore plus de justesse à la justesse ! Il en découle de fait une surbrillance naturelle de certains mots ou phrases « guidant » ainsi l’auditeur sur leur importance. Le “Genitum non factum” “Engendré, non pas créé” est révélé dans une claire texture homophone, alors que “Et ascendit in caelum” est source d’exaltation. Les mots se lient entre eux, figurant ainsi le « chemin » de l’élévation vers les cieux. Les images de la crucifixion, scène abominable et inhumaine, apparaissent avec réalisme dans “Crucifixus etiam pro nobis”, chargé de sens en faisant un récit poignant. “Et unam sanctam, catholicam et apostolicam ecclesiam” est proclamé avec ferveur, comme porté avec humilité sur les fonds baptismaux.

Le dernier compositeur à figurer dans cet enregistrement, est le flamand Philippus de Monte avec “Miserere Mei”, psaume pénitentiel par excellence, écrit pour 5 voix dans un riche style euphonique. Les sons produits sont agréablement harmoniques et la réalisation cohérente et intense.

Ce disque est le couronnement de l’emphase, mise en relief d’un des constituants de la phrase par l’intonation ou par l’ordre des mots, et sa force spirituelle indéniable, au-delà de la beauté intrinsèque des œuvres en fait un hymne à recommander chaleureusement.

Jean-Stéphane SOURD-DURAND