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La magie de la technique …(Cantate Deo, Marco Beasley, Guido Morini, Accordone – Alpha)

Muse5
8 octobre, 2014

Cantate Deo

« A voce sola, in dialogo »

Liste des morceaux
  1.     Ave maris stella, Bonifacio Graziani (1604-1664)
  2.     O beate Hieronime, Alessandro Grandi (1586-1630)
  3.     Cantate Deo, Ignazio Donati (1570-1638)
  4.     Sonata a 3, sopra « Fuggi dolente core », Biago Marini (1587-1663)
  5.     Jubilet tota civitas, Claudio Monteverdi (1567-1643)
  6.     Virgo prudentissima, Guiseppe Giamberti (1600-1662)
  7.     Cantate Domino, Alessandro Grandi
  8.     Sonate a tre, Giovanni Paolo Cima (1570-1622)
  9.     Stabat Mater dolorosa, Giovanni Felice Sances (1600-1679)
  10.     In te, Domine, speravi, Ignazio Donati (1570-1638)
  11.     Salve Regina, Giovanni Paolo Caprioli (v.1580-v.1627)
  12.     Sonata VII, Giovanni Battista Fontana ( 1571-1630)
  13.     Surrexit pastor bonus, Cherubino Busatti ( ? – 1644)
  14.     Salve regina, Claudio Monteverdi

Cantate deo, Alpha

Marco Beasley, ténor
Guido Morini, orgue, clavecin & direction
Accordone
Rosella Croce, violon
Elisa Citterio, violon
Franco Pavan, théorbe
Francesco Galligioni, violoncelle 

1 CD livret-disque, 61’57, Alpha Productions, 2013

Enregistré du 25 février au 1er mars 2013 à l’Eglise Santa Maria Incoronata (Martinengo, Italie)

Marco Beasley et Guido Morini marquent ici un événement très « atypique », particulier sur le plan musical. Grâce à la technique dite du « réenregistrement », le ténor Marco Beasley interprète seul les parties vocales, en principe chantées à deux voix distinctes. Cette technique a été notamment utilisée en musique classique par Aldo Ciccolini dans sa première intégrale des œuvres pour piano à quatre mains d’Erik Satie. On la retrouvait plus récemment au violoncelle avec Bruno Cocset dans un bel opus bacchien (Alpha)

Ces deux protagonistes ont fondé Accordone en 1984 pour mettre en commun leur passion de la musique vocale italienne de la Renaissance au début du XVIIIe siècle. Ce disque nous fera découvrir le répertoire religieux italien du baroque naissant. Tels des spéléologues, ils fouillent méticuleusement les profondeurs « baroqueuses » à la recherche de compositeurs moins connus mais non moins intéressants pour autant. Cet enregistrement fera sortir du gouffre de l’oubli des noms tels que ceux de Caprioli, Donati, Giamberti, Graziani, Sances, etc. 

Guido Morini n’est plus à présenter du fait de sa renommée internationale. Il se consacre à la musique ancienne et approfondit l’étude de la basse continue et de l’improvisation. Morini signe là, à la tête d’Accordone, une belle prestation tant par la qualité d’interprétation que par la justesse ! Les trois sonates Sonata a 3, sopra « Fuggi dolente core » de Marini, Sonata a tre de Cima et Sonata VII de Fontana constitueront le théâtre du talent de cet ensemble.

Quant à Marco Beasley (ténor), sa maîtrise parfaite du chant lui offre une gamme de timbres différents. Même si notre oreille pourrait se méprendre dans “Ave maris stella” de Graziani, il n’y a là qu’un seul et unique interprète. La couleur de sa voix se marie parfaitement aux violons (Rosella Croce, Elisa Citterio), violoncelle (Francesco Galligioni), théorbe (Franco Pavan), clavecin et orgue (Guido Morini). Une marque subtile de la musique pour une voix solo, mais dans le dialogue, se fait entendre grâce au motet “Jubilet tota civitas” de Monteverdi par des effets d’écho entre la voix du ténor et la ligne de basse instrumentale. Il s’agit d’une sorte de ritournelle  suivie d’un Alléluia orné. La voix incarne les louanges de toute la cité. L’ornementation soignée et sobre célèbre Dieu dans “Cantate Deo” de Donati. Le “Cantabo Domino” de Grandi introduit la vitalité, l’exaltation et le recueillement. Son jeu expressif prend toute sa dimension avec le “Stabat Mater dolorosa” de Sances. L’émotion est au rendez-vous.

“In te Domine speravi” de Donati développe des mélodies simples mais chantées en canon d’une grande maîtrise. Ses deux voix s’entrelacent mais ont leur propre personnalité dans les lignes libres. Tout au long de son interprétation, Beasley y compris dans le “Salve Regina” de Caprioli, aura soutenu son chant à la poursuite d’un seul but : l’expression ! La cible est atteinte sans aucun doute. La vitalité, la sensibilité, l’émotion ont égrainé  cet enregistrement. Même si la magie de la technique peut en rebuter certains, ce disque est à ne rater sous aucun prétexte… 

Jean-Stéphane Sourd-Durand