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La marche des ombres joyeuses (Olivier Baumont, Les Ombres heureuses, Les Tempéraments / HM)

Muse5
26 février, 2015

Les ombres heureuses
Les organistes français de la fin de l’Ancien Régime

Olivier Baumont 

les-ombres-heureuses-olivier-beaumontŒuvres de Claude Balbastre (1724 – 1799), Michel Corrette (1707 – 1795), Jean-Jacques Beauvarlet-Charpentier (1734 – 1794), Armand-Louis Charpentier (1727 – 1789), Josse-François-Joseph Benaut (décédé en 1794) et Guillaume Lasceux (1740 – 1831)

Tempéraments. Radio France (distribution : Harmonia Mundi)
Durée du CD : 63’ 31’’

 

La musique d’orgue de la fin de l’Ancien Régime a longtemps souffert d’un certain désintérêt de la part des spécialistes, considérant que la musique s’appauvrissait, tout en constatant en parallèle, et sans noter de contradiction, que la fabrication des orgues, atteignait, elle, une très grande qualité.

Olivier Baumont démontre, par son interprétation magistrale, toute la richesse de cette période, tant par la diversité des compositeurs, que par le respect d’œuvres tour à tour tendres et vives, mêlant musiques populaires de l’époque et réminiscence d’oeuvres majeures comme La Timide de Rameau dans le Concerto en ré majeur de 1749 de Claude Balbastre. Ainsi cette œuvre explore à la fois dans son prélude introductif, interprété de façon précise et nette, et dans ses allegros les jeux si particuliers des tutti. La finesse de l’interprétation des allegros alterne avec des morceaux plus rythmés. La Gavotte est extraordinaire de sensibilité et de finesse alors que le second Allegro est plus volontaire dans le jeu. Il se dégage de ce concerto, malgré des passages imprégnés d’une certaine gravité, une grande joie de vivre et une grande sérénité. Les œuvres de Michel Corrette alternent également entre des morceaux fortement imprégnés de religiosité – comme le plein jeu du VI° ton – et des airs plus connus appartenant désormais à notre mémoire collective comme sa Marche des ombres heureuses. L’interprétation des Six pièces de Claude Balbastre livre une vision très champêtre et hédoniste de cette fin du XVIIIème siècle, notamment lors de l’air de flûte et violoncelle pour le forte piano qui nous entraine dans une véritable fête galante par une interprétation toute en délicatesse. L’interprétation sur piano forte, et non sur orgue, donne un ton moins solennel et très léger à la fugue de Jean-Jacques Beauvarlet-Charpentier et se démarque par un traitement du contrepied plein de fantaisie. La réintroduction de l’orgue permet d’alterner entre retour de chasse – La Chasse de Couperin – et œuvres religieuses – Magnificat en mi mineur de Benaut faisant revivre à l’auditeur les différentes facettes de cet Ancien Régime déchiré entre héritage et modernité.

L’interprétation d’Olivier Baumont reste gravée dans la mémoire bien après l’écoute, tant en raison de certains leitmotivs que de l’interprétation très personnelle de ces œuvres, oscillant entre volontarisme, expressivité, et une très grande douceur. Il fait revivre les fastes d’une époque bouleversée par les Lumières et dont on perçoit en filigrane les interrogations.

 

Anne-Laure Faubert