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« Là mi dirai di sì »

Muse5
31 décembre, 2010

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

« The Mozart Album » 

Liste des airs

« Exsultate, jubilate » K 165
« Bella mia fiamma, addio !…Resta, oh caro », K 528
« Giunse alfin il momento…Al desio chi t’adora », (Les Noces de Figaro, reprise viennoise de 1789), K 577
« Una donna a quindici anni » (Cosi fan tutte)
« Quando avran fine omai…Padre, germani, addio ! », (Idoménée)
« Ah fuggi il traditor » (Don Giovanni)
« Oh temerario Arbace !…Per quel paterno amplesso », K 79 (K 73 d)
« L’amero, saro constante » (Il Re Pastore)
« La ci darem la mano » (Don Giovanni)
« Laudate Dominum », K 339 

mozart_denieseDanielle de Niese, soprano

Orchestra of the Age of Enlightenment
Direction : Charles Mackerras

65’51, Decca, 2010

 

 

Airs de concert, d’opéras, duos, musique religieuse : visiblement Danielle De Niese a souhaité nous livrer à travers ce récital un panorama assez complet de la création vocale du divin Mozart. D’emblée, disons que le plaisir des oreilles est au rendez-vous, et le résultat convaincant malgré d’inévitables nuances. Bien servie par un Orchestra of the Age of Enlightenment au son ample et délié, très présent, sous la baguette d’un Mackerras familier du répertoire mozartien (avec parfois une certaine tendance à accentuer les contrastes au détriment de la ligne mélodique), la diva parcourt avec aisance et conviction les airs les plus difficiles comme les plus délicats.

Outre sa voix juvénile et soyeuse, légèrement mate, la principale qualité de Danielle De Niese est assurément sa forte expressivité. D’un rôle à l’autre, la voix semble se métamorphoser : remplie d’une allégresse aérienne pour le « Exsultate, jubilate », rouée et moqueuse pour le « Una donna… », dramatique pour l’air d’Ilia (dans Idoménée), cristallien et rayonnante pour « L’amero, saro constante », diaphane pour le « Laudate Dominum »…Cette expressivité transcende également les récitatifs, traités avec soin sur un mode théâtral : l’exemple le plus spectaculaire est sans doute l’extraordinaire abattage dramatique auquel elle se livre dans le « Quando avran fine omai ».

La technique est elle aussi au rendez-vous, qu’il s’agisse de l’impressionnante suite de quartes contenue dans le « Bella mia fiamma », les trilles ciselées de « L’amero, saro constante » ou les ornements filés du « Laudate Dominum » et du « Oh temerario Arbace ». Les ornementés ajoutés, toujours placés avec justesse, témoignent de la familiarité avec le répertoire mozartien.

Que retenir dans ce florilège, et quelles nuances apporter ? Pour atténuer nos louanges précédentes, l’air qui nous a le moins convaincu est assurément le « Fuggi il traditore » de Donna Anna, pour lequel le timbre manque à l’évidence d’un peu de maturité, ce qui se traduit par une gêne forcée perceptible à l’oreille (sentiment peut-être renforcé par une attaque un peu rapide de Mackerras). A l’inverse, nous avons particulièrement aimé l’allégresse communicative de l’ « Exsultate, jubilate », l’amour rayonnant et très… pastoral de « L’amero, saro constante ». Le « Giunse alfin il momento » dans la version viennoise de 1789 des Noces est une agréable découverte, avec ses passages appuyés de cors, même si à mon sens il ne fait pas oublier l’anthologique original de la création. Le célébre duo « La ci darem la mano », où Bryn Terfel lui donne la réplique, est admirablement construit au plan de la progression des sentiments : après un « vorrei, or non vorrei » plein de retenue, on glisse vers le plaisir jubilatoire du « andiam, andiam mio bene ».

Les deux points culminants du récital demeurent à mon sens les airs de Despina et d’Ilia. La rouerie enjouée du « Una donna » fait de De Niese une très grande Despina, à l’égale des grandes interprètes mozartiennes des époques antérieures. Du coup, on se prend à regretter que l’album n’inclue pas « l’air de l’apothicaire » de Zerline dans Don Giovanni (« Batti batti o bel Masetto »), qu’à une autre époque une Berganza avait su rendre aussi expressif. L’air d’Ilia est lui un véritable morceau de bravoure, où l’intensité dramatique de De Niese dépasse totalement un timbre léger qui pourrait se révéler un handicap, et nous entraîne dans un tourbillon flamboyant, qui éclate dans les accents redoublés d’horreur de l’air « Padre, germani, addio ! ».

La carrière internationale de la jeune soprano américaine est maintenant bien établie dans le répertoire baroque et mozartien : nul doute que nous aurons encore de nombreuses occasions d’apprécier ses réussites, la maturité du timbre qui vient avec l’âge lui permettant d’élargir le champ de son talent. En attendant, voici un bien beau récital à faire figurer dans votre discothèque mozartienne.

© Decca

Bruno Maury

Technique : captation de bonne qualité, avec un orchestre très présent mais sans exagération.

Site officiel de Danielle de Niese