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« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Charles Baudelaire

Publié dans : Actualités - Edito
1 janvier, 2013

La nouvelle Muse

 

© Muse Baroque, 2013

Elle sera bientôt là. Car même les statues de pierre se débarrassent le moment venu de leurs antiques oripeaux, en dépit des efforts de l’Académie et des gardiens du Temple, ceux-là même qui vénèrent la tradition, abhorrent le changement, questionnent la notion même de progrès. A l’aube de cette nouvelle année, notre bastion baroqueux, lui-même tiraillé dans son identité entre l’idéal impossible de la restitution musicologique poétique et la recréation contemporaine à travers un regard rétrospectif aigu et conscient, notre quarteron de jeunes branchés et de vieilles perruques, se décide à changer bientôt de décennie comme on passe du Grand Siècle aux Lumières, et à troquer le codage manuel d’un réjouissant archaïsme de HTML des balbutiements d’Internet pour la Modernité tapageuse et sauvage du web 2.0.

Mais déjà face au double concert de protestation de nos lecteurs accablés : ceux du « ce n’était pas parfait mais c’était mieux avant, comme disait M. Rameau », et ceux du « c’est plus moderne mais c’est d’un quelconque ! », nous tenons à solennellement rassurer les mélomanes. Notre architecture était passée de mode, sa clarté et sa sobriété confinaient à l’indigence que seuls les stucs iconographiques et la préciosité du langage relevaient. Nous conserverons malgré les appâts des gadgets clignotants et autres menus tourbillonnants l’esprit un brin janséniste, l’intelligibilité cristalline d’un Palladio ou d’un Bramante pour cette Nouvelle Muse qui sortira bientôt de l’onde. Nous garderons les piliers de notre image, les tentures moirées, les polices de titre raffinées et délicieusement XVIIe en les poussant même plus loin. Sous l’agile pinceau de nos artiste, la Nouvelle Muse ne vous laissera pas de marbre tout en se découvrant de nouvelles facultés.

Mais l’heure n’est pas encore venue, et l’attente commence. Elle rongera petit à petit votre vertueuse patience, poussera certains aux actes d’espionnage les plus audacieux et les plus vils à l’image d’un Colbert pillant les secrets des miroitiers vénitiens. Mais gare aux troubleurs de secrets, notre maquette est bien protégée, et pour le moment, nous n’en dirons pas plus que cette carte de voeux qui laisse entrevoir l’apparence changée de ce palais musical.

Alors, pour MMXIII, il était naturel que toute l’équipe de la Muse, âprement sollicitée par ces grands travaux, se joigne à moi afin de vous souhaiter à tous une année musicalement virtuose, apaisée et douce comme une ronde, virevoltante et énergique comme un groupe de doubles croches, surprenante comme une cadence, harmonieuse comme un motet, sensuelle comme une cantate, excitante comme un opéra.

Viet-Linh Nguyen