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"La musique [...] est ce que l’océan des nuées est à l’océan des ondes" (Victor Hugo)

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

Elisabeth JACQUET DE LA GUERRE (1665-1729)

Le Passage de la Mer Rouge (1er livre) – Sonate en trio III en ré majeur 

Sébastien de Brossard (1655 – 1730)

Sonate en trio en sol mineur SdB – La chute de Salomon – Ritournelle

René Drouard de Bousset (1730-1760)

Judith (1er livre 1735)

 

Luenda Siqueira (soprano), Adriana Alcaide (violon), Kathryn Elkin (hautbois), Sébastien Perrin (traverso), Sofie Vanden Eynde (théorbe), Maria Sánchez (basse de viole), Esteban Mazer (clavecin)

Le Tendre Amour

51’58, K617, 2009

Le Passage de la Mer Rouge, est en fait l’enregistrement d’un concert qui a été donné par l’ensemble le Tendre Amour, lors du festival International de Musique de Sarrebourg durant l’été 2009.

Cet ensemble basé à Barcelone, mais dont les musiciens sont issus des 4 coins du monde, et qui doivent leur nom à une des thématiques préférés du règne de Louis XIV, ont composé ici un programme représentant l’âge d’or de la cantate spirituelle française.

Alors que politiquement, mais aussi personnellement, le règne du Roi Soleil entamait son déclin, la musique et ce malgré ou peut être grâce à la mort de Lully, allait connaître une grande effervescence créative. Désormais, alors que le surintendant de la musique du Roi avait régné sans partage, de nouveaux talents allaient s’épanouir et accéder à la reconnaissance officielle.

Apparu en France au tout début du XVIIIe siècle, la cantate va connaître pendant quelques décennies un grand succès. C’est en quelque sorte une « réduction » de la tragédie lyrique. Si comme cette dernière, elle tire ses sources des sujets héroïques ou mythologiques, elle renonce à la sophistication des mises en scène et dans le cadre plus intime du concert public ou privé, elle retrace par la seule voix d’un soliste et des moyens musicaux d’une grande sobriété des moments de grandes intensité.

Les cantates spirituelles quant à elles furent d’abord des parodies que le Grand Siècle apprécia particulièrement. Elles détournaient des airs connus mais laïques, aux « paroles lascives » afin de tenter par des airs connus de séduire le public et de le reconduire vers les églises. Par la suite, elles furent directement composées sur des musiques originales. C’est le cas des trois cantates présentées dans ce CD.

Nous y découvrons trois compositeurs dont en fait une compositrice, Elisabeth Jacquet de la Guerre. Fille d’un facteur de clavecin, enfant prodige, elle joua dès l’âge de 5 ans devant Louis XIV. Elle, nous a laissé non seulement des œuvres pour clavecin mais également des cantates et des sonates dont celles figurant ici : le Passage de la Mer Rouge et la Sonate en trio III en ré majeur. Sur un texte de Houdar de la Motte la première nous relate la fuite d’Egypte du peuple d’Israël. Il s’agit d’une cantate descriptive. Les instruments et la voix, nous font vivre les différentes étapes de cette épopée. Les musiciens soulignent les effets par de belles couleurs, offrant du brillant à la musique d’Elisabeth Jacquet de la Guerre. Du hautbois glorieux à la basse de violon profonde comme le tombeau ou dont la virtuosité appuie la force de la foi dans le premier air, au violon qui devient la flamme qui anime la colère du pharaon, au clavecin qui laisse éclater la joie, tous participent à la mise en scène musical du propos. Les tempi sont légers et la jeune soprano Luenda Siqueira au timbre épicé et au phrasé appliqué parvient à nous rendre toute la subtilité théâtrale et au fond divertissante de la cantate à la française.

De toutes les œuvres proposées ici, nous retiendront particulièrement les deux sonates en trio celle d’Elisabeth Jacquet de La Guerre et plus encore celle de Sébastien de Brossard. Ce genre musical est apparu en France à la fin du XVIIe siècle, s’inspirant de celles de Corelli. Elles symbolisent mieux que toute autre l’idée des « goûts réunis » cher à François Couperin, mêlant style italien et style français, danse et virtuosité. Sébastien de Brossard qui fit une partie de son éducation musicale seul, est avant tout connu pour être celui qui a sauvé nombre de partitions de l’oubli en les collectionnant puis en les offrant à la bibliothèque du Roi. C’est ainsi grâce à lui que la Sonate d’Elisabeth de la Guerre nous est parvenue. En deux mouvements, un adagio et un allegro, cette sonate en sol mineur est très représentative du genre. Le chant du hautbois y est profondément mélancolique et celui du violon implorant. Ils n’ont toutefois guère le temps de s’appesantir tant l’allegro devient une pirouette au chagrin qui mine cette fin de règne. L’esprit en reste ainsi profondément baroque. Elle introduit la cantate de Brossard, La Cheute de Salomon où les instrumentistes et la soprano semblent se faire plaisir à colorer à l’envie, à dramatiser, ou à attendrir le texte. Le théorbe s’y fait le tendre compagnon de la soliste.

Un disque au charme certain, évocateur d’un monde qui cherche à vivre toujours et encore, mais que les drames assombrissent. La musique devient ainsi un doux refuge, un compagnon pouvant évoquer cette joie qui fuit avec le temps.

Monique Parmentier

Technique : prise de son ample, favorisant aussi bien la voix que les instruments
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