Close

La Reine de la Nuit

Publié dans : Actualités - Edito
1 juillet, 2007
Mozart, portrait de Johann Nepomuk della Croce (c. 1780)

Mozart, portrait de Johann Nepomuk della Croce (c. 1780)

Ce mois-ci, Muse Baroque s’élargit vers le classique. Une nouvelle rubrique vient de naître, qui s’intéressera à la période classique jusqu’à la mort de Mozart. Pour autant, il ne s’agit que d’une sorte d’épilogue, qui ne remet pas en cause les orientations de la revue, comme le sommaire de ce mois-ci l’illustre bien. Nous avons également des projets : des interviews d’artistes, de chefs et d’instrumentistes, l’ouverture prochaine d’une galerie qui vous permettra d’admirer les photos et créations exclusives de la Muse Baroque enfin rassemblées.

Mais arrêtons-là notre discours de politique générale et revenons à nos moutons, bergeries, et autre Arcadie. L’autre jour, alors que nos pas nous portaient vers le Palais-Royal, une pluie soudaine nous poussa vers l’anfractuosité protectrice du péristyle. Là, cherchant maladroitement un parapluie (n.m. : se dit de l’accessoire du diplomate britannique) dans notre besace, nous butâmes (verbe particulièrement laid) contre une charmante jeune damoiselle, qui rougissante abandonna un billet manuscrit avant de s’esquiver avec la rapidité d’un Leporello, la grâce en sus.

En voici donc la teneur :

Oh admirable Muse au chant si mélodieux
Toi qui ravit l’oreille, et charme les Dieux,
Toi dont le si doux regard et la plume si belle 
Se fait parfois rieuse et parfois si cruelle,
Se peut-il que la Nuit, penchée à ton balcon,
Tu respires la nuit et boives son flacon ?
Au pays du repos, où résident les ombres,
On s’oublie bien souvent dans la demi-pénombre.
Et les matins sont froids, car l’astre triomphant
Ne peut seul effacer d’un rayon caressant
Le souvenir confus et pourtant agréable
D’une épaule trop nue, trop fine et trop aimable. 
Le Soleil n’est pas tout. Ses brûlantes ardeurs
Peuvent même échouer à enlever un cœur : 
Celui qui brille trop dédaigne l’innocence,
Perd la simplicité, abolit l’espérance
D’un regard langoureux, d’un non-dit hésitant
Qui le rend si humain et si peu arrogant.
Cet Amant dépité, qui soupire sans cesse,
Confiant aux rochers ou bien à sa déesse
Ses tourments rigoureux, peut prétendre au secours
De l’horrible trépas, de la Gloire ou l’Amour. 
(ajout en marge)
Contemple donc la Nuit, et souris à la Lune 
Son obscure clarté en a conquis plus d’une.

Sur cette mystérieuse note, dont l’auteur se reconnaîtra, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un été baroque, empli de festivals et autres réjouissances.

                                                                                                                                                    Viet-Linh NGUYEN