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La sensation de planer…

Muse5
29 septembre, 2006

Antonio VIVALDI (1678-1741)

Salve Regina RV 616, Stabat Mater RV 621, Nisi Dominus RV 608

Concerto pour viole d’amour en ré mineur F II n°2


Carlos Mena (contre-ténor)
Ricercar Consort, dir. Philippe Pierlot

Mirare, enregistré en 2003 à l’abbaye Royale de Fontevraud 

Ce disque rassemble les « classiques » de la littérature sacrée du Prêtre Roux. Qu’il s’agisse du Stabat Mater, du Nisi Dominus ou encore du Salve Regina, tous sont empreints d’une profonde sensibilité et appellent au recueillement. Si chacune de ces œuvres transmet un sentiment de plénitude, c’est dans le Nisi Dominus que celui-ci se dégage le plus. Le Cum dederit est intemporel ; parfaite ligne droite où persiste un doux balancement qui permet d’avancer sans à coups, petit à petit, tout en gardant la sensation de planer. Carlos Mena fait preuve d’une émotivité et d’une véritable prouesse. Les respirations sont quasi inexistantes ce qui fait d’autant mieux ressortir la linéarité du morceau. Sa diction est parfaite, la voix  posée. L’ostinato est lui aussi très doux avec de profondes basses. Le son est clair et lumineux.

L’on pourrait rapprocher l’interprétation que fait Carlos Mena du Stabat de celle d’Andreas Scholl (Harmonia Mundi) : leurs voix se ressemblent, toutes deux dépourvues de vibrato. Mais celle du contre-ténor allemand est plus acrobate, peut-être plus virtuose alors que celle de Mena n’a rien à lui envier en ce qui concerne la douceur et la pureté. Pour le Salve Regina, il n’y a que peu à dire, tant il invite à la méditation et au repos. L’atmosphère intime et confinée est bien présente, distillée par le timbre chaleureux du contre-ténor à la diction parfaite. Carlos Mena fait montre de son étroite compréhension du texte en reflétant par les inflexions de sa voix les sentiments adéquats usant de multiples couleurs. Le Ad te suspiramus dramatique et tourmenté vous tirera sans doute quelques quelques soupirs, avant que la vague de lumière du Eja Ergo ne vous submerge aussitôt. L’unisson des premières secondes est parfait, vous vous laisserez porter par ce souffle chaud et profond.

La réelle différence avec la remarquable version d’Andreas Scholl réside dans les jeux de l’orchestre. Le Ricercar Consort paraît moins impliqué, laissant s’installer une certaine routine. Ce manque d’inventivité est visible dans le concerto pour viole d’amour que l’on a connu autrement plus fougueux et convaincant avec l’Europa Galante (Virgin Classic). Toutefois, le son de la viole d’amour installe une atmosphère mystérieuse, presque mystique, en parfaite harmonie avec les motets.

Isaure d’Audeville

Technique : très beau son. Sa qualité est sans doute liée au lieu d’enregistrement