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La surprise et l’amour des violes

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
31 décembre, 2011

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)

Les Surprises de l’Amour, transcription de Ludwig Christian Hesse (1716–1772)

Monique Zanetti, soprano
Stephan MacLeod, baryton
 
Ensemble À Deux Violes Esgales
Jonathan Dunford, Sylvia Abramowicz, basses de viole
Pierre Trocellier, clavecin
 
66’43, Alpha 176, 2011.

Rameau pour deux violes ? L’idée vient d’un Allemand, Ludwig Christian Hesse, dont le père, Ernst Christian (1676–1762) avait étudié avec Marais et Forqueray. Quand les deux gambistes rivaux s’en aperçurent, Hesse père fut renvoyé à Darmstadt.

La viole connut une heure de gloire en Prusse dans les années 1760 : le prince Frédéric Guillaume II en jouait, entretint une correspondance avec Forqueray fils, et eut Ludwig Christian Hesse pour professeur. C’est sans doute pour les jouer avec son brillant élève que ce dernier écrivit de nombreux arrangements de parties d’opéras aussi bien français qu’allemands ou italiens. Un disque a d’ailleurs été consacré à la musique de la cour berlinoise de cette époque, qui présentait déjà quelques arrangements de Hesse (Feuer und Bravour, avec l’ensemble Musicke und Myrth). Voici un volume qui leur est également dévolu. Ou pour mieux dire, il s’agit ici d’arrangements de Hesse, et d’arrangements de cet arrangement. En effet, les interprètes ont choisi de conserver plusieurs pièces vocales en rétablissant la partie du chanteur. Est ajoutée également une partie de clavecin.

De fait, on a bien l’impression d’entendre du Rameau, et non une chose hybride et étrange. Ces Surprises de l’Amour ne manquent pas de séduction. Le son des violes sied bien à cette musique, et lui donne un aspect indéniablement français.

Les parties vocales souffrent quant à elles d’une certaine monotonie, et le texte semble quelque peu ignoré. Monique Zanetti, malgré une voix belle et pleine, très caractérisée, manque audiblement d’imagination. C’est un chant impassible, sans heurts, certes, mais sans affects et sans drame. Il en va sensiblement de même de la partie de Stephan MacLeod.

C’est donc vers les violes et le clavecin qu’on se tourne. Le jeu de Jonathan Dunford et Sylvia Abramowicz , varié et nuancé, passe de la fougue (écoutez l’Ouverture !) à la tendre délicatesse (le Rondeau pour les violes de L’Enlèvement d’Adonis), l’allégresse riante (la Contredanse de La Lyre enchantée), la noble fierté (Mouvement de chaconne dans Sibaris) et la douce langueur (Prélude de La Lyre enchantée). Les deux gambistes semblent se rire des difficultés, pour notre plus grand contentement.

On regrettera par ailleurs que le texte du livret ne donne pas davantage de précision sur Hesse et ses arrangements pour violes à la cour de Frédéric Guillaume, pour se concentrer presque exclusivement sur l’histoire de la version originale.

Un disque à découvrir, à écouter, qui apporte une perspective nouvelle à la fois sur la musique de Rameau et sur la basse de viole.

Loïc Chahine

Technique : bon enregistrement, aucune remarque particulière.