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La Symphonie inachevée

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
1 juillet, 2012

« Zelenka, le Bach de Bohême »

Aria Voce
Direction Philippe Le Corf

 

© Bastien Chamoreau

© Bastien Chamoreau

« Zelenka, le Bach de Bohême »
Jan Dismas Zelenka
Benedictus Dominus
Répons de l’Office des défunts
Sub tuum præsidium
In exitu Israel
De profundis
Magnificat en ré

Aria Voce
Direction Philippe Le Corf

Mardi 12 juin 2012, Eglise Saint-Paul de Rezé. Dans le cadre du 29e Printemps des Arts de Nantes

Certes, la musique de Zelenka est assez rarement donnée en France, malgré une relative abondance discographique. L’initiative de construire un programme autour de sa musique était donc sans doute louable, quoique Rezé ait déjà accueilli il y a peu les Lunaisiens avec les Responsoria pro hebdomada sancta du même Zelenka.

Passée cette bonne surprise de la programmation, le spectateur exigeant déchantera vite, et ce à la seule vue du programme imprimé. Seuls les titres des motets sont indiqués, pas mêmes les mouvements — et ne parlons même pas des textes, encore moins de leur traduction. Autre surprise : les effectifs d’Aria Voce. Un chœur de grande dimension — vingt-quatre chanteurs au total — confronté à un orchestre de huit musiciens — le quatuor, deux hautbois, un orgue. Est-il utile de dire qu’en-dehors des ritournelles, les instruments sont à peines audible, et ce même quand leurs parties semblent développées, comme le sont souvent celles des violons. Pas de chanteurs solistes ? On peut se demander les raisons d’un tel choix, si elles sont autres que budgétaires. Les partitions, à la seule audition, semblent cependant requérir l’emploi de solistes ; tel est du moins le cas du De profondis et du Magnificat. Ici, les solos sont chantés par tout un pupitre du chœur, mettant à mal les contrastes et donc la dramaturgie de la musique.

Une fois le programme commencé, l’auditeur n’est pas vraiment soulagé. La beauté de la musique peine à s’exprimer. Le chœur est doté globalement d’un son assez relâché, peu timbré. Les sopranos semblent fâchés avec la justesse ; là où les ténors se font sonorement entendre, les altos sont lointains, et les basses n’ont pas beaucoup plus de présence. C’est un chœur disparate, et les voix semble inéluctablement vouées à ne se rencontrer qu’en de très rares occasions. De temps en temps, comme par exemple dans le Sub tuum præsidium, il nous a semblé percevoir un léger mieux ; les défauts ne disparaissaient cependant pas, ils n’étaient qu’atténués. Les mêmes remarques s’imposent sur le Magnificat.

Dans de telles conditions et malgré les efforts de Philippe Le Corf, toute dramaturgie tombe un peu à plat en raison d’un cruel manque de tension : les effets sont soit trop peu marqués — ainsi des crescendos —, soit outrés — les silences à certains endroits. Les articulations sont peu variées, comme les nuances ; le chœur n’ayant presque pas de couleur, on ne parlera même pas de leur variété. Le tout est appliqué, mais pas assez investi. À aucun moment le chœur n’a semblé à même de faire ce que le chef pouvait attendre de lui et l’on sera sévère mais juste en notant les absents : pas de tenue, pas de dignité, pas de noblesse, pas de sobriété ni de sentimentalisme.

En ce qui concerne le petit ensemble instrumental — pour ce qu’on a pu en entendre —, les hautbois étaient dotés d’un beau son, et le violoncelle de Philippe Foulon apportait un soutien solide à cet édifice instable.

C’est à la fin un sentiment d’inachevé qui se dégageait de ce concert, ébauche sonore épanelée qui attendait encore son burin salvateur.

Loïc Chahine

 19-27 juin 2012, Nantes – Ouest baroque : 29e édition du Printemps des Arts