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La Trompette Marine

13 février, 2005

La Trompette Marine

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MAÎTRE DE MUSIQUE.

Sans doute. Il vous faudra trois voix, un dessus, une haute-contre, et une basse, qui seront accompagnées d’une basse de viole, d’un théorbe, et d’un clavecin pour les basses continues, avec deux dessus de violon pour jouer les ritournelles.

MONSIEUR JOURDAIN.

Il y faudra mettre aussi une trompette marine. La trompette marine est un instrument qui me plaît, et qui est harmonieux.

J.-B. Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, Acte II, scène première.

Pour ce troisième éditorial – mis en ligne avec une semaine de retard en raison de problèmes techniques- , j’ai décidé de dissiper le halo de mystère qui entoure l’un des instruments les moins connus de la période baroque : la trompette marine. Son nom semble celui d’un instrument militaire destiné à réveiller les matelots à bord des vaisseaux de ligne et plus d’un amateur de musique baroque s’est exclamé : « Je sais bien que ça n’est pas une trompette mais j’avoue que la forme de cette chose m’échappe ! ». Quid donc de cette trompette marine qui n’est absolument pas un instrument à vent et qui n’a jamais mis le pied sur une galère ou une frégate destinées au combat naval ?

La trompette marine tant prisé par Monsieur jourdain est un instrument…à corde. Souvent employée pendant le Moyen-Age sous le nom de monocorde (même si on connaît des exemplaires qui ont jusqu’à 4 cordes), elle se voit soudain l’objet d’un éphémère engouement au Grand Siècle alors que les cavaliers en harnois blancs mordent de plus en plus la poussière devant les piquiers de Gustave Adolphe et les décharges de mousquetterie. 

Monocorde d'après le Dictionnaire Raisonné du Mobilier Français de l'Epoque Carlovingienne à la Rennaissance, d'Eugène E.Viollet-le-Duc (paru originellement entre 1858-1870).

Monocorde d’après le Dictionnaire Raisonné du Mobilier Français de l’Epoque Carlovingienne à la Rennaissance, d’Eugène E.Viollet-le-Duc (paru originellement entre 1858-1870).

La trompette marine est pourvue d’une caisse de résonance de forme plus ou moins triangulaire assez oblongue. Elle se joue toujours avec un archet, à l’époque qui nous intéresse, et produit, en raison de son chevalet bourdonnant, un son (harmonieux ?) assez proche de celui de la trompette. Large et encombrante, elle doit donc être posée à même le sol. Pour renforcer le son éthéré de ses harmoniques, le corps de la trompette marine est parfois rempli de cordes métalliques (jusqu’à 50).Cet « instrument nautique » fut particulièrement prisé en France mais a toujours été considéré comme une curiosité originale aux côtés des chalumeaux et autres pantaleons. Marin Mersenne affirme que la trompette marine fur inventée par des matelots tandis que Lully compose en 1660 son Divertissement pour les matelots pour cordes et trompette marine. Son disciple (Marin) Marais ne pensera malheureusement pas à l’utiliser dans la célèbre Tempête de son Alcyone. Notons au passage que la facture des instruments signés par Jacques Dumesnil, à la fin du XVIIème siècle, est tout à fait remarquable. 

Bien que Vivaldi fasse appel à ses service pour son concerto Rv. 558, la trompette marine tomba peu à peu en désuétude au cours du XVIIIème siècle. J.S.Petri écrit en 1767 qu’elle n’est alors plus employée que « dans les couvents, là où ils n’ont pas de trompettes » comme un substitut. Triste fin donc, pour ce survivant des brumes médiévales…

                                                                                                                                                                                        V.L.N.

Pour aller plus loin : Un excellent résumé et des liens sur un site contenant une base discographique considérable : http://patachonf.free.fr/musique/themes/trombemarine.htm