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Laisser-faire, laisser-aller !

Muse5
31 décembre, 2009

Jean-Marie LECLAIR (1697-1764)

4 Sonates opus 4, 2ème Récréation musicale opus 8
 

Pasticcio Barocco (sur instruments partiellement modernes) :

David Walter – Hélène Gueuret (hautbois)
Fany Maselli (basson)
Esther Brayer (contrebasse)
Patrick Ayrton (clavecin)

72′, Label Hérisson, 2009

 

On retrouve dans ce premier volume des 3 parutions du nouveau Label Hérisson David Walter au hautbois, dont le jeu élégant et racé avait déjà pu être apprécié par notre consœur et amie Katarina Privlova qui en avait toutefois stigmatisé l’insoutenable légèreté chez Telemann (Label Hérisson). Voici que Pasticcio Barocco s’aventure désormais dans le royaume violinistique ou flûtistique du regretté et assassiné Leclair, avec les transcriptions pour bois de quatre sonates extraites des Six Sonates en trio pour deux violons et basse continue (1731-1732) et de la Deuxième Récréation de musique d’une exécution facile pour deux flûtes ou deux violons (1737). Le procédé n’a rien d’iconoclaste, et il n’était ainsi pas rare d’interchanger les instruments de dessus de ce répertoire, entre flûtes, hautbois ou violon, ce qui apporte une variété de coloris tout à fait bienvenue. Ici, point d’alternance selon les mouvements ou les sonates, l’intégralité des œuvres proposées est interprétée par un duo de hautbois, soutenu par un basson agile.

Le style de cet Opus 4, dans la lignée des Concerts Royaux et des Goûts Réunis de Couperin dénote l’alchimie entre l’apparente simplicité mélodique à la française, teintée de la noblesse retenue versaillaise, et la virtuosité italienne, sa blondeur élégiaque, son abandon détendu. Ce mélange apaisé, cocktail subtil qui doit éviter toute pompe et tout excès trop brutal est parfaitement rendu par les musiciens, dont le jeu fluide et sensible s’exprime avec discrétion et justesse. L’Adagio de la sonate n°1 de l’opus 4, avec sa basse obstinée sur laquelle s’entrelacent avec tendresse les hautbois de David Walter et Hélène Gueuret donne le ton d’un enregistrement très homogène. Les hautbois, aux timbres très proches et à l’intonation extrêmement maîtrisée, valsent à fleuret ouatés, déroulent les mesures avec tact, respectent scrupuleusement la partition. L’Allegro, très pointé, possède une transparence assurée qui rend particulièrement intelligible les entrées fuguées, tandis que le Largo ose un peu de grandeur ample, ôtant un court instant le corset intimiste du badinage amical pour une suspension poétique rêveuse.

La Deuxième Récréation Musicale laisse apprécier une majestueuse Ouverture, solennelle et bien tempérée, les temps forts marqués à la manière d’un chambellan de cour. Ces mêmes qualités apparaissent dans le point culminant du disque, l’admirable Chaconne de près de 7 minutes, toute empreinte de l’ombre du Surintendant Florentin, au charme lancinant et envoûtant dans ses répétitions.

Pour autant, d’aucuns pourraient se lasser de la justesse diantrement précise de Pasticcio Barocco, d’une bienveillante neutralité digne de la Confédération Helvétique, d’un flegme tout hogwoodien qui lorgne vers la Tamise gelée. Ainsi le Cantabile italianisant de ma sonate n°2 s’avère bien timide, la Sarabande du n°3 étriquée, le Presto de la n°4 trop régulier, les Tambourins finals martelés sans folie. Il manque un peu de mouvement, d’imprévu, de passion et de coups de sangs à tant de grâce, et l’on espère en vain un brin de négligé Régence, des contrastes plus audacieux de tempi, un goût du risque. Car après tout, la précision d’une montre à quartz ne vaut guère une bonne vieille Bréguet XIXème plus imprécise mais plus touchante… Pour finir, l’inclusion de violons ou de flûtes, de cordes pincées (un luth aurait été le bienvenu), ou d’un violoncelle auraient également pu donner plus de liant en prenant de temps à autre la relève de leurs doubles dans une récréation irréprochable quoique d’une agaçante égalité.

Alexandre Barrère

Technique : captation précise et transparente, clavecin en retrait.