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L’Apothéose de Lully

Publié dans : Actualités - Edito
1 octobre, 2008

Et non, il ne s’agit pas là de Lully mais de son maître… Jean Warin, Louis XIV en costume à l’antique, Salon de Vénus
© Château de Versailles/ Muse Baroque, 2008

Voici une édition un peu particulière de Muse Baroque puisque le numéro de ce mois-ci fait la part belle à Lully (le titre de l’éditorial fait référence à l’œuvre que Couperin dédia à sa mémoire). Il faut dire que l’occasion était trop belle pour qu’on la laisse s’échapper. Songez donc, ô lecteurs, à l’étrange conjonction des astres qui décida de la coïncidence de trois évènements consacrés à des tragédies lyriques de celui qu’on surnomma Baptiste et dont l’ombre imposante plana longtemps après sa disparition sur l’Académie Royale de Musique.

D’abord, la parution de l’enregistrement de la bouillonnante Psyché de Lully (dans sa version remaniée de 1678) avec la courageuse équipe d’outre-Atlantique à qui l’on devait déjà un remarquable Thésée l’an passé. Une partition riche, multicolore, digne de la veine d’Alceste en dépit de la plume plus rigide de Corneille. Et puis, le DVD tant attendu du Cadmus & Hermione issu du duo de choc Lazar / Dumestre qui permettra de se replonger dans cette mise en scène cohérente, dénotant une intime compréhension de la gestuelle et des affects baroques, enveloppée dans ce qui se rapproche de son écrin originel. Voici assurément la re-invention la plus convaincante de la tragédie-lyrique, et la première captation mondiale des balbutiements de ce beau brin de fille qu’est la tragédie mise en musique, puisque Cadmus & Hermione consacre la naissance de l’opéra français. Enfin, bouclant la boucle « Bill » (que Sir William Christie nous pardonne de telles familiarités) et Robert Carsen nous livreront leur vision du chant du cygne du tout-puissant Surintendant de la Musique du Roi, Armide. Alors en semi-disgrâce, Lully composa alors son ultime et peut-être sa plus grande tragédie lyrique sur le thème de l’amour malheureux et du destin d’une femme déçue. Car derrière la Jerusalem délivréedu Tasse perce une ardente humanité.

Fidèles à notre volonté de replacer la musique dans le contexte d’une époque, nous avons voulu accompagner les critiques de ces concerts et enregistrements d’articles sur l’évolution de la tragédie lyrique lullyste, le grand motet versaillais ou encore l’avis de Diderot sur les mérites de Lully ou le privilège d’imprimeur pour la musique octroyé à Ballard. Ces essais n’ont d’autre prétention que de vous inciter à aller plus loin, à donner envie au promeneur de visiter le bosquet qui soudain se découvre à sa vue au détour d’une allée de jardin à la française. Si un mot devrait caractériser Muse Baroque, ce serait la flânerie, la curiosité, la surprise. Celle du lecteur distrait et pressé qui vient jeter un coup d’œil furtif sur une critique de disque entre deux indices boursiers malmené, et qui finalement se retrouve en train de reconstruire sa discothèque et de se demander où acheter un cornet à bouquin. Et alors que la morne saison pare nos contrées de sa grisaille mordorée, que les rideaux des théâtres et les feuilles tombent, nous rappellerons comme un cheveu sur la soupe, un panache au chapeau ou un ruban au décolleté qu’ « une rose d’automne est plus qu’une autre exquise » (Agrippa d’Aubigné).

                                                                                                                                                                    Viet-Linh NGUYEN