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L’Appel baroque du 18 Juin

Publié dans : Actualités - Edito
18 juin, 2010

Avertissement aux lecteurs occasionnels : dans la lignée de nos éditoriaux qui tiennent plus du billet que de l’exégèse, ce texte n’a absolument pas vocation à fustiger des chefs ou groupes particuliers, mais à rendre un hommage fantaisiste et affectueux aux acteurs qui font vivre la musique baroque, et encourager les efforts accomplis dans un contexte économique difficile. L’exercice de style de cet appel gaullien veut que certains passages dressent le constat d’une défaite – soyez assurés qu’il ne s’agit là que d’une crainte et d’un effet de plume – qui nous l’espérons restera infondée. Enfin, si une telle précision est nécessaire, nous assurons les post-mozartiens de notre profond respect et amitié en les priant d’excuser par avance un propos apparemment belliqueux.

D. R

 

Appel du 18 juin

(publié en avance grâce à la modernité de notre cybernétique support plus évanescent que les 9 étages de l’asymétrique Broadcasting House en pierre de Portland sise entre Oxford Street et Regents park siège de la BBC)

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des orchestres français, ont formé un gouvernement musical. Ce gouvernement, alléguant la défaite de notre répertoire baroque, s’est mis en rapport avec Richard Wagner et le Met’ pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, violonistique et percussive de l’ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les hautbois modernes, les cordes en aluminium, les flûtes de métal, les trompettes à pistons, le piano, les vibraphones, la tactique des Karajan qui nous font reculer. Ce sont les pistons, l’aluminium, la tactique des Böhm qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la musique baroque. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la musique baroque française n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Angleterre élisabéthaine qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense inventivité de l’Italie vivaldienne, le contrepoint acéré des États allemands.

Cette guerre musicale n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de Ramillies (1706). Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, tous les trilles savonnés, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’Univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis romantiques. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une poésie évocatrice supérieure. Le destin du monde baroque est là.

Moi, Muse Baroque, actuellement au Parnasse, j’invite les chefs et les artistes français qui se trouvent en territoire olympien ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs instruments ou sans leurs métronomes, j’invite les solistes et les choristes spécialistes de Lassus qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance baroque ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, j’écrirai sur Muse Baroque.

 Viet-Linh Nguyen