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L’Art du ballet

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
31 décembre, 2008

Jean-Baptiste LULLY (1632-1687)

Ballet des Arts (1663)

Livret d’Isaac de Bensérade

 

Dorothée Leclair (dessus) ; Mélodie Ruvio (bas-dessus) ; Romain Champion (haute-contre) ; Arnaud Richard (basse).
La Simphonie du Marais
Direction : Hugo Reyne

74’14, Accord, 2008 

 

Jusqu’ici, le ballet de cour a peu intéressé les musiciens, à l’exception, notable, d’Hugo Reyne : il a en effet déjà donné un remarquable Ballet de Flore dès le volume II de sa collection « Lully ou le musicien du Soleil », puis, dans le volume consacré aux musiques du mariage de Louis XIV, l’intégralité des deux ballets accompagnant les opéras de Cavalli représentés en France, Xerse puis Ercole amante. Nous savons aussi qu’en dehors de Lully, un Ballet de la Prospérité des armes de France est attendu pour cet été. Et voici une très belle pièce : le Ballet des Arts. Il faut bien dire que faire revivre cette musique sans danse n’est pas chose aisée, et que même avec la danse, la forte contextualisation de ces œuvres peut en rendre l’abord difficile, même si la riche iconographie du ballet de cour devrait inciter les metteurs en scène imaginatifs à se frotter à ce répertoire d’une grande liberté.

Le principe générique du ballet de cour a été maintes fois expliqué, entre autres par Philippe Beaussant : autour d’un thème se déroulent des entrées plus ou moins en rapport les unes avec les autres. Ici, c’est l’option « plus » que les créateurs avaient choisie, même si les arts en questions ne sont pas ceux qu’on attendrait – c’est qu’il faut prendre le mot en son sens étymologique de technique : voici venir l’Agriculture, la Navigation, l’Orfèvrerie, la Peinture, la Chasse, la Chirurgie, et enfin la Guerre. Chaque entrée comporte un certain nombre de danses précédées d’un récit – les deux premiers sont dus à la plume de Michel Lambert – à une ou deux voix.

Dès l’ouverture, on est frappé par la noblesse et la cohésion de l’orchestre, noblesse dont jamais la Simphonie du Marais ne se départit. Au cours de toutes ces entrées, on sent la danse, on peut aisément imaginer les danseurs, d’autant que le livret moderne reproduit le livret d’époque (avec les « vers du ballet » dont Philippe Beaussant parle dans l’extrait de son livre Lully ou le musicien du Soleil), nous apprenant à qui les danses sont dévolues : des plus sérieux personnages (Céphale) au plus bas (chirurgiens, docteurs et estropiés), en passant par les plus attendus (peintres) et les plus inattendus (pirates et amazones). Il faut bien dire que ce sont ces personnages que l’orchestre nous peint : les amazones (VIIe entrée) sont nobles et martiales, même sans trompettes, les « courtisans chargés d’orfèvrerie » ridicules, les estropiés traînent la jambe, tout cela sonne comme une évidence à l’écoute.

On appréciera la polyphonie, plus savante qu’il n’y paraîtrait au premier abord, car on entend ici distinctement, en tendant un peu l’oreille, chacune des cinq parties de l’orchestre français. On appréciera aussi les variations d’instrumentation et ornements introduits d’une reprise à l’autre – car les danses sont répétées plusieurs fois. Comme le souligne Hugo Reyne, les danseurs entraient sur scène avec des costumes recherchés, il est donc peu probable que chaque entrée dansée durât deux fois moins longtemps que le récit qui la précédait !

Les récits, justement, sont sublimes. L’équipe de jeunes chanteurs réunie ici est idéale, avec de beaux timbres – Mélodie Ruvio est un mezzo chaleureux, Romain Champion une haute-contre raffinée, quant à Arnaud Richard, il n’est pas sans rappeler Arnaud Marzorati. Les ritournelles sont particulièrement enchanteresses. On y notera la faible présence du clavecin, remplacé par son prédécesseur le luth (en fait ici le théorbe) ; les timbres du théorbe, de la viole et des deux violons ou deux flûtes se marient parfaitement bien, la générosité des timbres vocaux complète agréablement ces instruments. Il ne faudrait pourtant pas croire que la voix devient instrument : le texte est parfaitement dit, voire interprété – les deux peintres sont amusants, Mars et Bellone franchement comiques, Thétis divinement malicieuse quand elle dit « je n’ose ».

C’est assurément une grande réussite que ce Ballet des Arts, les pas à danser viennent même à l’écoute à qui a déjà vu un peu de belle danse. Il s’agit du dixième volume de la collection, nous attendons déjà avec impatience le prochain.

Loïc Chahine

Technique : Bon enregistrement, pas de remarques particulières

  1. One Response to “L’Art du ballet”

  2. […] au « Musicien du Soleil », Accord, met fin à celle-ci après le dixième volume, le Ballet des Arts dont nous avions fait état dans nos lignes et colonnes virtuelles. C’est donc le label Musiques […]