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Le Baroque a t-il droit de Cité ?

Publié dans : Actualités - Edito
1 octobre, 2007

Le Palais de Chaillot, construit en vue de l’exposition universelle de 1937. D.R.

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine vient d’ouvrir ses portes, à Paris. Perchée sur la colline de Chaillot, abritée dans le Palais du même nom et son imposante façade surmontée de citations de  Paul Valery, le mastodonte offre au public un voyage à travers l’histoire des monuments français. Il faut saluer les efforts des Viollet-le-Duc, Camille Enlart et autres Paul Deschamps sans lesquels nous ne pourrions admirer ces moulages colossaux de tympans romans, ces chapiteaux et ces fresques que la main du temps a usé de ses caresses assassines. Pourtant, entre le Moyen-Age et les créations contemporaines, un grand absent est à déplorer : le baroque (1600-1750). En effet, mis à part le moulage d’une fontaine de la Place Stanislas, et une sympathique maquette de projet néo-classique de salle d’opéra de Paris (et encore, peut-on vraiment parler de baroque pour ce retour austère à l’antique ?), point de volutes, d’angelots joufflus, de colonnes torsadées.

Pourquoi cette discrimination ? Tout d’abord parce que les instigateurs de ces collections étaient avant tout des médiévistes qui ont lutté en faveur de la réhabilitation d’une période considérée encore comme « barbare et obscure ». Parce que les petites églises romanes et leurs fresques sont difficiles d’accès et se dégradent vite, alors que le Val de Grâce et les bronzes de Versailles dresseront toujours fièrement leurs silhouettes altières pour la plus grandes joie des mariés et touristes respectivement. Pourtant, tous les moulages de façades et d’éléments architecturaux ne remontent pas à la fin du XIXème siècle. Les dernières campagnes ont même été menées il y a à peine 2 ans. Alors pourquoi ? Pourquoi couper abruptement les galeries chronologiques à la Renaissance, et passer sous silence un art qui continua de bourgeonner dans nos contrées ? La France baroque et effervescente du Grand Siècle, ses marbres polychromes, ses façades harmonieusement rythmées nous ont manqué. Que sont les Mansart, Le Vau, Hardoin-Mansart, Blondel, Perrault, ou d’Orbay devenus, alors que la Cité de l’Architecture ose leur fermer ses portes ?  Dans un siècle qui vit un profond renouveau des principes architecturaux culminant avec la Querelle des Anciens et des Modernes, où l’Escalier des Ambassadeur innovait par son éclairage zénithal, où Perrault et d’Orbay nantissaient le Louvre de colonnes accouplées controversées, l’architecture était pourtant un art majeur. Et le profane qui flânera dans le Palais de Chaillot risque hélas de l’oublier, dans l’abîme muséographique qui sépare le gothique flamboyant des appartements de Le Corbusier et des boîtes de béton et de verre du futur.

                                                                                                                                                    Viet-Linh NGUYEN

A visiter :
Site de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine : http://www.citechaillot.fr