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Le Clémencic qu’on sort

Muse2
3 mai, 2006

Heinrich Ignaz Franz von BIBER (1644-1704)

Balletti & Sonates pour trompettes et cordes

 

Clemencic Consort, dir. René Clemencic

69’28, Oehms Classics, 2005.

Avouons un secret douloureux : il ne suffit hélas pas de 7 musiciens dont deux trompettistes, et d’un excellent compositeur pour faire un bon disque. Le livret nous met en garde en précisant de manière sibylline que « dans ses réalisations, René Clemencic est avant tout sensible au symbolisme du son, et non à l’esthétique ». Et en effet, rarement on aura entendu un enchaînement aussi froid. Chaque barre de mesure s’abat avec académisme et violence, écartelant la ligne mélodique, tandis qu’un orchestre rabougri et individualiste, sans aucun liant et d’une justesse approximative, récite sa litanie de manière clinique. Le choix de Sonatae tam Aris quam aulis servientes, que l’on avait connues multicolores sous la baguette de Manfredo Kraemer (Astrée) se transforme en catafalque sec et blafard, ponctué par de brefs duos de clarini d’une agressivité toute militaire. Que dire de plus sans accabler trop notre poignée d’instrumentistes, sinon que la musicalité et la poésie ne sont pas de vilains mots. A force d’intellectualiser sa lecture, René Clémencic a méprisé toute cohésion et toute couleur orchestrale, ravageant l’originalité de Biber et brouillant son écriture déjà florissante. Quant à la représentation de « complexes sonores et tonals en tant qu’emblèmes acoustiques et valeurs représentant des structures cosmiques » (sic) dont se targue le chef, force est d’avouer que nous n’avons perçu de ces promesses célestes qu’un désert aride et sans âme.

Alexandre Barrère

Technique : prise de son très claire.