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« Le déguster comme un bon vin »

Muse5
31 décembre, 2010

Pierre ATTAINGNANT (c.1494-1551/52)
 

Que je chatoulle ta fossette
Danceries

Liste des morceaux
 

Très brève et familière introduction pour entendre et apprendre par soy même à jouer toute chanson réduite en la tablature de luth (1529)
Prélude 

Quatorze Pavanes… le tout réduit de musique en la tablature du jeu d’Orgue, Espinette et Manicordion et telz semblables instruments musicaux (1531)
Pavane 18
Gaillarde 

Dix huit Basses dances garnies de recoupes et tordions (1530)
Branle gay 7
Basse dance Le corps s’en va 

Premier Livre de Danceries (1530)
Basse dance La Magdalena & Tourdion
Basse dance La brosse
Basse dance La gatta en italien & Basse dance La scarpa my faict mal
Basses dances 3 & 1
Pavane La sguizera
Pavane 8
Gaillardes 10 et 15                                                    

Deuxième Livre de Danceries (1547)
Tourdions 8,9 & 39
Branle gay Que je chatoulle ta fossette
Branles gays 23,28, 42
Basse dance Auprès de vous 

Troisième Livre de Danceries (1557)
Allemande Et d’où venez vous, Madame Lucette
Allemandes 2, 4, 5, 6
Bransles de Bourgogne 

Quart Livre de Danceries (1550)
Pavane
Pavane 19
Pavane M’amye est tant honneste & Gaillarde 

Cinquième Livre de Danceries (1550)
Bransles de Poictou 

Sixième de Livre de Danceries (1555)
Pavane des Dieux
Gaillarde 

Septième Livre de Danceries (1557)
Première suytte de Bransles d’Escosse
Pavane première & Gaillarde première 

Pierre Sandrin (c.1490-apr.1561)
Réveillez vous, mes damoyselles
M’amye est tant honneste 

Claudin de Sermisy (1490-1562)
Amour pense que je dorme
Auprès de vous
Languir me fais (double de Adrian Petit Coclico)

 
 

attaingnant_doulcememoireEnsemble Doulce Mémoire :
Paulin Bündgen (dessus mué), Hélène Houzel (dessus et haute-contre de violon), Sophie Cerf (taille de violon), Françoise Rojat (quinte de violon), Mathurin Matharel (basse de violon), Denis Raisin Dadre (dessus de flûte à bec et taille de hautbois), Elsa Frank (taille de flûte à bec et dessus de hautbois), Johanne Maître (taille de flûte à bec et de hautbois), Jérémie Papasergio (basse de flûte à bec et de hautbois), Pascale Boquet (luth), Angélique Mauillon (harpe simple), Bruno Caillat (percussions).
Direction Denis Raisin-Dadre 

73’53, Ricercar 294, 2010.

 

 

Après sa dernière escapade mystique en terre orientale (Laudes, Zig Zag Territoires), Doulce Mémoire renoue par cet enregistrement avec la « musique à danser » du XVIème siècle qui a marqué ses débuts. Période florissante et généreuse, la Renaissance a permis aux différents divertissements de prendre un essor considérable. Alors que la notion de droit d’auteur était inconnue – voire inconcevable – des thèmes musicaux circulaient à travers toute l’Europe et chacun pouvait les reprendre à son compte, les arrangeant comme chanson ou pièce instrumentale. Pierre Attaingnant n’était donc pas vraiment compositeur mais libraire au compte du roi François Ier ; auteur de nombreux recueils de pièces vocales, il publia entre 1530 et 1557 (sa femme prenant sa suite) sept Livres de Danceries qui témoignent de la vitalité d’une époque à la recherche d’un raffinement toujours plus grand.

A l’image de l’inventivité débordante qui imprégnait les milieux artistiques du Cinquecento, l’ensemble de Denis Raisin-Dadre élabore une riche alchimie de couleurs et de sonorités, fruit d’une importante recherche sur les diapasons et instruments utilisés pour ces circonstances. L’on découvre ainsi un quatuor de flûtes à bec colonnes (dont les modèles se trouvent au Musée de la Cité de la Musique), caractérisées par un son très suave laissant passer un souffle d’air, proche de celui d’un orgue positif. Ces flûtes singulières rehaussent la noblesse d’une pavane (La sguizera), soulignent les rebondissements d’une gaillarde et, en dépit de leur apparence massive et de quelques faiblesses de justesse, permettent aux musiciens virtuoses de développer une belle ornementation.

La gatta en italien s’avère être une véritable leçon de diminution. Sur des pizzicati mystérieux, Hélène Houzel expose avec une sensuelle nonchalance le thème de cette basse dance. Petit à petit, elle ajoute là un coulé de tierce, ici une broderie ; une légère résonance donne à son phrasé une certaine ampleur et révèle toutes les nuances de son articulation.

Les différentes pièces sont agencées de telle sorte que l’on croirait participer à un bal : les premières danses s’enchainent allègrement grâce aux judicieuses transitions rythmiques de Bruno Caillat et c’est avec un certain soulagement que l’on accueille le Prélude pour luth (extrait d’une méthode publiée en 1529) qui nous offre un instant de délassement. Pascale Boquet livre ici une interprétation sans faille ; tout en faisant dialoguer les différentes voix de manière mesurée, elle égrène les ornements avec une vélocité déconcertante mais sans aucune rigidité et leur assure une finale moelleuse.

Cinq chansons viennent également enrichir la structure du disque et nous font entrer dans un univers plus mélancolique. Paulin Bündgen berce et illumine successivement par son timbre épuré et sa voix doucement acidulée, mettant en valeur toute la poétique du français du XVIe siècle .Les ornements sont ciselés avec finesse (« Languir me fais ») et le contre-ténor parcourt avec aisance toute son amplitude vocale, assurant aux graves une bonne assise (« Auprès de vous secretement ») et aux aigus une belle clarté.

Doulce Mémoire livre donc à nouveau un enregistrement très abouti musicalement qui, dans une démarche didactique, permet de réellement comprendre et différencier les principales danses d’antan. Il conviendra merveilleusement à l’animation de vos prochains bals renaissance mais vous pourrez également  - pour reprendre la métaphore de Denis Raisin-Dadre – « le déguster comme un bon vin […] dans l’entrain, la joie et l’énergie qui caractérisent cette Renaissance heureuse ».

Isaure d’Audeville

Technique : captation claire avec très légère réverbération.