Close

Le dernier oratorio de Händel…

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Oratorio
31 décembre, 2003

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Jephta

 

John Mark Ainsley (Jephta), Michael George (Zebul), Catherine Denley (Storge), Christiane Oelze (Iphis), Axel Köhler (Hamor), Julia Gooding (Angel)

RIAS Kammerchor; Akademie für Alte Musik Berlin, dir. Marcus Creed

3 CDs, Sony Classical, 1994, reed. Berlin Classics 2003. (reed. Brilliant Classics également disponible à prix réduit)

 C’est un compositeur âgé et malade qui entreprend l’écriture de Jephta au début de l’année 1751. La partition autographe comprend d’ailleurs des annotations peu équivoques telles « Biss hier herkommen, den 13. Febr. 1751 verhindert worden wegen relaxation des Gesichts meines linken Auges » (Suis arrivé ici le 13 Fev. 1751. Ai été obligé d’arrêter en raison de la perte de vue de mon oeil gauche). L’oeuvre est née dans des circonstances douloureuses et pénibles, entrecoupée dans sa gestation par trois opérations chirurgicales oculaires sans effets notables. 

D’un point de vue musical, rien ne distingue vraiment Jephta des autres oratorios de Händel. A l’image de Saul, Semele ou Theodora, il s’agit là d’un oratorio opératique, d’un drame sacré où les personnages/ acteurs font avancer l’action, sans l’intervention d’un quelconque narrateur. Les choeurs sont descriptifs (Israélites, Prêtres, Vierges). S’ils sont stylistiquement plus proche du Messie ou d’Israël in Egypt leur fonction est celle des suivants ou des soldats qui parsèment les  Giulio Cesare et autres Ariodante. De même, mis à part l’usage de certains intervalles osés et un superbe quatour à l’acte II, les airs sont assez comparables au reste de l’énorme production du prolifique Saxon. On notera des emprunts plus ou moins flagrants à d’autres oeuvres. Par exemple, une partie de l’air d’Iphis « Happy they » vient de l’arioso de Ginevra « Io ti bacio, o mano augusta  » d’Ariodante.

L’Akademie für Alte Musik Berlin est fidèle à elle-même. Les violons ont gardé leurs attaques acérées, parfois grinçantes (moins que Minkowski quand même), toujours réglée au millimètre près. Les hautbois et bassons sont fruités, les tempi vifs, les nuances très marquées. Les crescendos sont particulièrement réussis : dans l’accompagnato de Storgè « First perish thou » on a l’impression qu’une terrible vague déferlante s’abat sur l’auditeur. La bonne surprise vient du respect de la partition. On peut se réjouir du fait que l’Akademie a abandonné ici sa désastreuse habitude de « gonfler » n’importe quelle partie en perturbant la ligne mélodique sous prétexte d’une originalité dans l’interprétation plus que discutable (souvenez-vous du cor dans le premier brandebourgeois qui « surgissait » en première ligne aux moments les plus incongrus). Cela était peut-être moins tentant, un oratorio n’étant pas une œuvre instrumentale et l’orchestre y servant avant tout de support complice pour la voix. 

Les interprètes sont excellents et totalement rompus à ce répertoire. Christiane Oelze campe une admirable Iphis, oscillant entre le bonheur et la résignation.  Axel Köhler chante avec aisance et naturel le rôle de l’amant épris puis soumis avec sa voix de contre ténor. La brève apparition de Julia Gooding en ange est aussi brève qu’agréable. John Mark Ainsley (Jephta) s’en sort honorablement malgré des vocalises un peu lourdes et un peu trop d’emphase. Enfin Michael George campe un Zebul puissant et un peu frustre. Quant au chœur de la RIAS, il sonne de façon homogène et juste. Une version admirable à comparer à celle d’Harnoncourt.

Viet-Linh Nguyen

Autres enregistrements recommandés : Harnoncourt et son Concentus Musicus Wien dans un enregistrement de 1986 où se distingue notamment l’Hamor de Paul Esswood.

Technique : Bon enregistrement. Aucune remarque particulière.