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Le gagnant de l’Eurovision ?

Musemois
7 octobre, 2007

Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

Te Deum H. 146 et Motets pour le Roy Louis

In Honorem Sancti Ludovici Regis Galliae Canticum H. 365
In Honorem Sancti Ludovici Regis Galliae H. 418
Notus in Judea H. 206

Salomé Haller, Brigitte Chevigné, François-Nicolas Geslot, Stephan Van Dyck, Arnaud Marzorati
Maîtrise de Bretagne
Le Parlement de Musique, dir. Martin Gester

Opus 111, enr. 2000

Extrait : In Te Domine Speravi du Te Deum  

La victoire de Steinkerque du 3 août 1692 apporta beaucoup de bienfaits à la France : outre le fait que le Maréchal de Luxembourg écrabouilla noblement les perfides Anglo-hollandais, cette victoire militaire donna naissance à la mode de la cravate à la Steinkerque, et au Te Deum le plus célèbre de Charpentier (il en composa plusieurs, mais les H. 145 ou 148 sont bien moins fastueux).

Nous examinerons donc successivement :
1/ La Bataille de Steinkerque, ses mouvements de troupes, et le costume militaire du temps.
2/ l’excellent enregistrement de Martin Gester.

O lecteur indigne, vous êtes restés sur cette morne page au lieu de découvrir les bienfaits du mousquet. Bandes de Philistins…

Inutile de présenter cette l’œuvre rebattue du « plus Italien des compositeurs français ». Voilà donc le grand motet dans toute sa splendeur, avec ses doubles chœurs, son instrumentation fastueuse, son prélude militaire en fanfare. Pourtant, il serait dommage de réduire cette œuvre de commande/propagande à un assemblage glorieux et indigeste. En effet, la réussite de l’œuvre repose sur ses contrastes et ses moments d’apesanteur où un soliste s’échappe subitement du fracas choral, soutenu par la seule basse continue. Ainsi, le « Dignare Domine » du Te Deum de Lully constituait un petit motet poignant et italianisant dans un océan de timbales. 

Parmi l’abondante discographie – parmi laquelle on citera le noble William Christie 1 (Harmonia Mundi), le somptueux Louis Devos (Erato), le vigoureux Hervé Niquet (Glossa) ou encore le trépidant Marc Minkowski (Archiv) - Martin Gester a su livrer une vision personnelle, à la fois équilibrée et fastueuse. Plus que tout autre, il a su retrouver le caractère dansant des articulations. Dès le Prélude bondissant, le Parlement de Musique fait admirer la sûreté de ses attaques et l’alchimie très « francoise » de ses instruments (cordes et bois). La direction ciselée du chef laisse constamment entrevoir des alliances de timbres : ci-des flûtes à bec, ci-un basson, ci-un accord de luth. Les solistes, quant à eux, prononcent le latin à la française, et chantent avec des phrasés très déclamatoires : nous voilà en pleine tragédie lyrique. Les chœurs (nous parlons du grand chœur de choristes) révèlent un grande transparence des pupitres, et un engagement sans faille. Les parties aigues sont très dynamiques, la polyphonie (certes peu développée, nous ne sommes pas chez Bach, crébonsang !) bien rendue. 

Ajoutez à cela deux magnifiques motets pour la Saint-Louis tout aussi bien interprétés, et vous obtiendrez un Délice de Charpentier à la sauce versaillaise, à consommer sans modération, en se resservant copieusement. 

Viet-Linh Nguyen

Technique : enregistrement transparent et précis.