Close

Le jeu n’en vaut pas la chandelle…

Muse1
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
7 octobre, 2008

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)

Actéon

Henry Purcell (1659-1695)

Didon & Enée

Sophie Daneman (Diane, Belinda), Stéphanie d’Oustrac (Junon, Didon), Paul Agnew (Actéon), Nicolas Rivenq (Énée), Gaëlle Méchaly (Aréthuze, Première Sorcière), Camilla Johansen (Hyale, Seconde Sorcière, Michel Puissant (L’enchanteresse)

Les Arts Florissants, direction William Christie

Durée: 152mn – 4/3 – couleur – stéréo
VO Français et Anglais
Langues menu: Anglais, Français, Allemand, Japonais 
Sous-titrage Anglais, Français, Allemand, Japonais

DVD, Aller Retour productions, 2004, enr. 2001. 

Une distribution honorable, me direz-vous. Certes, néanmoins… on est toujours condamné, avec ce DVD, à rester sur sa faim. Si Stéphanie d’Oustrac est une excellente Didon, que Sophie Daneman est agaçante ! De même, si les deux Sorcières sont géniales de ridicule, l’Enchanteresse est à peine supportable !

Il n’y a pas à dire : Dido and Aeneas est une œuvre plus marquante qu’Actéon, même si celui-ci n’est pas sans mérites. D’ailleurs, il est plutôt bien représenté ici : Paul Agnew est en forme et ses deux principales interventions (dont un grand air) sont magnifiquement exécutées. Malheureusement, la Diane de Sophie Daneman est incompréhensible dans sa diction et peut se flatter d’une voix sans aucune profondeur. Lui donner le second rôle de cette œuvre relève presque du gâchis. Les chœurs, qui font la force de cette œuvre, sont sans défaut. Il faut dire que l’idée d’effectifs réduits les met en valeur : pour une œuvre de si courte durée, un petit orchestre renforce le caractère intimiste de la performance.

Car William Christie a choisi de nous présenter les deux courts opéras avec un effectif extrêmement réduit : un instrumentiste par pupitre (à l’exception de la basse), les cordes secondées uniquement de deux flûtes à bec et de deux hautbois. Mais rassurez-vous, la basse continue ne noie pas les autres dans son flot continu ; non, le défaut est ailleurs : c’est l’inexistante mise en scène, car nous sommes confrontés à une version de concert maladroitement mise en espace qui dessert les œuvres par son amateurisme brouillon.

Le Dido and Aeneas en souffre beaucoup encore plus que l’Actéon. Il suffit de prendre la scène des Sorcières comme illustration de ce discours peu lisible. William Christie nous fait savoir dans le petit documentaire qu’il a voulu renforcer le caractère inquiétant et étrange de l’Enchanteresse en confiant le rôle à un contre-ténor. Hélas, Michel Puissant n’est pas Dominique Visse et tout cela devient franchement ridicule et insensé, car ce Monsieur en fait un peu trop. Il essaie de jouer la femme, mais il n’a pas à l’évidence les qualités de jeu de Paul Agnew en Platée.

L’autre moment très attendu est évidemment la plainte finale. Sans être ratée elle aussi, elle n’est pas vraiment réussie. Stéphanie d’Oustrac est une excellente Didon, je l’ai déjà dit, et le drame se lit sur son (très beau) visage. Mais comment se fait-il que Belinda (encore Sophie Daneman) ait un grand sourire aux lèvres tandis que se meurt sa maîtresse ? De plus, l’orchestre n’y est pas aussi excellent que dans les versions discographiques réalisées par William Christie (chez Harmonia Mundi avec Guillemette Laurens, et chez Erato avec Véronique Gens) : il ne sait pas laisser suffisamment de place à Didon, dont la voix se trouve du coup parfois un peu submergée par les instruments. Vraiment dommage !

Ajoutez encore que les deux documentaires, s’ils apportent quelques informations intéressantes, ne sont pas d’une très grande utilité aux amateurs du baroque qui connaissent forcément déjà les deux opéras présentés, et que le prise de son est relativement médiocre, et vous aurez compris que le jeu n’en vaut pas la chandelle… Une curiosité, tout au mieux !

Loïc Chahine

Technique : aucune remarque particulière.