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Le Louvre doit rester à Paris (pétition contre le déménagement des réserves à Liévin)

Publié dans : Actualités - Brèves
9 mai, 2015

Le Mystère de la Grande Pyramide

Louvre

Palais du Louvre, cour Napoléon © 2012 Musée du Louvre – Olivier Ouadah

Depuis que Muse Baroque s’est étendue aux arts baroques, nous avons suivi avec attention l’actualité muséale et patrimoniale. Certains d’entre vous, à juste titre, ont deviné notre désarroi et notre opposition à certaines décisions hâtives et inappropriées, prises sans concertation avec les plus éminents experts scientifiques concernés, et dommageables à long terme à la préservation du patrimoine, à sa conservation et à sa présentation au public. Cet enjeu va bien au-delà des seuls arts anciens et baroques, et pour une fois, nous posons nos fleurets mouchetés et cessons de – gentiment – vilipender l’ère des révolutions. Car l’heure est grave, et hélas notre poisson d’avril ne prête pas tant à rire.

Ce n’est certes pas le Louvre que l’on déménage à Liévin, à 203,7 km de Notre-Dame, mais l’intégralité de ses réserves alors même que le projet initial était de mettre à l’abri (et pourquoi aussi loin ?) les seules œuvres menacées par la crue centennale, et la presse paraît bien discrète si ce n’est quelques échos étrangers et médias spécialisés. Il vaut toujours mieux exécuter au petit jour, à l’heure où les bonnes gens sont encore endormis.

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Liévin  - www.nord-pas-de-calais-tourisme-hebergements.com

Voici donc un projet de centre de 20.000 m² à Liévin, pour un coût de 60 millions d’euros, où s’entasseront quelques 220.000 œuvres déracinées du Palais de Philippe Auguste. Entendons-nous bien. Malgré les faux procès et les attaques faciles, il ne s’agit pas ici de protester dans un réflexe parisiano-centré boboisant quant à la déconcentration de la culture. Nous sommes parmi les premiers à souhaiter que les musées de province (excusez l’expression qui n’est pas péjorative mais qui traduit bien la réalité de la France post colbertienne) s’étoffent et disposent des budgets, des talents en vue de mener des politiques ambitieuses. Mais le démantèlement, l’écartèlement du Louvre, inédit dans tous les grands musées du globe, ne participe pas de cette logique. Il relève de la pseudo-bonne décision griffonnée sur un coin de serviette, et qui à terme sera terriblement dommageable. Imaginez le coût et le risque d’un tel déménagement ? Et puis les allers-retours avec Paris ? L’amputation des œuvres , sa relégation loin de la communauté scientifique, des chercheurs, des spécialistes, des historiens, des restaurateurs ? Loin de sa bibliothèque, de ses centres de conservation, de ses conservateurs  des chercheurs de Paris et du monde entier… Car il est illusoire d’imaginer redynamiser Liévin par des hordes d’universitaires envahissant le Nord. Que restera t-il du Louvre ? Un amas de colonnes engagées, des boutiques souvenirs, des touristes heureux de dévaler au pas de charge dans les galeries. Mais que diable va faire le Louvre dans cette galère… Et pourquoi ne pas exporter les réserves à Abu Dhabi ? Pendant ce temps, derrière sa vitre blindée où l’on ne la distingue presque plus, la Joconde continue de sourire de son sourire énigmatique et blasé.

Une pétition est disponible. Elle est encore trop confidentielle et trop peu relayée. Lisez-là, signez-là si elle vous parait sensée. La voici, nous en avons aussi recopié le texte ci-dessous :

https://www.change.org/p/monsieur-le-president-de-la-republique-annuler-le-projet-des-r%C3%A9serves-du-louvre-%C3%A0-li%C3%A9vin 

Louis Beroud - Salle Ruben musee du Louvre 1904

Louis Beroud – Salle Ruben musee du Louvre 1904

Le Louvre en danger : contre le démantèlement programmé de ses collections

Appel au Président de la République

Monsieur le Président, le musée du Louvre, fondé en 1793 par la République française pour la conservation et la mise en valeur du patrimoine artistique de la nation, est aujourd’hui confronté à l’un des plus graves dangers de son histoire.

Il a été en effet décidé de lui soustraire les réserves d’œuvres d’art qu’il renferme aujourd’hui en vue de les transférer à Liévin, commune du Nord-Pas-de-Calais située à deux cents kilomètres de Paris, mal desservie par voie ferroviaire, dans un futur bâtiment dénommé « pôle de conservation du musée du Louvre ». Bien que le motif originel de cette décision soit la sauvegarde d’une partie de ses collections contre le risque d’une crue centennale de la Seine, la mesure a été récemment étendue à la totalité des réserves du palais, y compris celles qui sont actuellement situées dans les étages.

Les conséquences de ce choix, dramatiques pour l’avenir du Louvre, peuvent se décliner en trois catégories principales :

Dommage patrimonial d’abord. Comme le prouve l’expérience constatée sur des échelles plus réduites, le transfert massif de centaines de milliers d’objets de toute taille et de toute nature ne pourra qu’entraîner la dégradation de nombre d’entre elles. Ce risque patrimonial majeur demeurera constant par la suite étant donné les incessants allers et retours entre Paris et Liévin induits par le renouvellement des présentations en salle, par les impératifs de la restauration des œuvres, comme par les mouvements que requièrent les nombreuses expositions auxquelles le musée participe dans le monde entier, alors même que le cadre budgétaire de plus en plus corseté imposé par les circonstances conduira à l’abaissement des normes professionnelles en usage pour le transport des œuvres d’art.

Dommage scientifique ensuite. Les réserves ont été, sont et demeureront toujours le vivier de la recherche fondamentale de tout musée digne de ce nom et au premier chef du Louvre, en lien organique avec les très riches bibliothèques et documentations créées au fil des années pour chacune des disciplines que représentent les huit départements constitutifs de l’institution. Les chercheurs du musée utilisent sans cesse ces réserves, ils y accueillent régulièrement et correctement les scientifiques français et étrangers qui se pressent à Paris. Tout cela deviendra extrêmement difficile, voire impossible en cas de transfert à Liévin. Les œuvres seront alors coupées de l’infrastructure scientifique et intellectuelle dont elles bénéficient aujourd’hui, elles seront confinées dans une surface « compactée » au maximum. Les locaux annexes et le personnel dédiés à l’accueil des chercheurs se trouveront immédiatement engorgés face à l’afflux des demandes concentrées en un seul lieu.

Dommage écologique et financier enfin. Les deux cents kilomètres séparant Paris de Liévin entraîneront une hausse spectaculaire des frais de fonctionnement du musée, avec pour corollaire probable une baisse de la qualité de son offre culturelle, ainsi qu’une dégradation importante de sa participation à la réduction de l’empreinte carbone de notre pays par le recours constant qui devra être fait au transport routier.

Il n’est pas encore dit qu’au pays de Voltaire la raison ait perdu tous ses droits ! En conséquence, afin d’éviter une aberration artistique, culturelle et financière sans précédent, nous, signataires de cet appel, dévoués à la cause de ce fleuron de la culture que le monde nous envie, avons l’honneur de nous adresser à vous, Monsieur le Président, pour une révision totale du projet en faveur de solutions de bon sens alliant l’indispensable protection des œuvres d’art à la poursuite du développement de ce Louvre qui appartient à tous. A cet effet, nous vous demandons instamment de bien vouloir faire étudier les différentes alternatives possibles, tant au sein du palais lui-même que dans son environnement proche.

Nous invitons l’ensemble des citoyennes et citoyens de bonne volonté, en France, en Europe et partout dans le monde à se joindre à notre démarche en signant le présent appel et en le diffusant le plus largement possible.

 

Comité de parrainage : Daniel ALCOUFFE ; Daphna BENTOR ; Geneviève BRESC ; Dominique CHARPIN ; Michel CHAUVEAU ; Danielle GABORIT ; Jean-René GABORIT ; Jean-Marc LUCE ; Frédéric MAGUET ; Krzysztof POMIAN ; Jacques REVEL ; Didier RYKNER ; Françoise VIATTE.