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Le MP3 ne passera pas !

Publié dans : Actualités - Edito
2 janvier, 2007

Château de Grignan © Muse Baroque 2006

Avec le développement des téléchargements de musique par Internet (légaux ou non), la mode des baladeurs et des fameux Ipod, le MP3 gagne du terrain. Exit les piles de CDs qui s’amoncellent et que l’on doit trier. Exit le soin qu’on doit prendre à ne pas en rayer le vernis, en particulier du côté de la sérigraphie. Moins coûteux, plus pratique, véhicule d’un plaisir immédiat qui évite la queue chez le disquaire, le MP3 gagne du terrain. Et un simple disque dur peut désormais renfermer une discothèque digne de celle d’Alexandrie.

Bien évidemment il y a les grincheux, les discophiles qui collectionnent le CD pour l’objet. Tu as l’édition avec ou sans fourreau ? Le digipack ou le boîtier crystal ? Jean-Claude Malgoire ne conserve t-il pas précieusement toutes les jaquettes de ses enregistrements, rééditions comprises ? Il y a ceux qui alignent maladivement leurs tranches de disques et enragent lorsqu’ils s’aperçoivent que la charte graphique change au cours d’une même série. Ainsi, Ton Koopman a proposé à ses fidèles des jaquettes nouveau modèle pour ne pas déparer l’homogénéité esthétique de son intégrale des cantates de Bach, commencée chez Erato puis continuée sous son propre label (Antoine Marchand). Le rédacteur en chef de cette revue lui-même ne montre t-il pas fièrement à ses invités ses innombrables Das Alte Werk couleur crème de chez Teldec ?

Non, l’essentiel n’est pas là. D’une part, avec le disque vient – en théorie – la notice et le livret. Et lorsque Jean Duron, Catherine Cessac, Ivan A. Alexandre, Philippe Beaussant ou Anthony Hicks prennent la plume, leurs essais valent la peine d’être lus. De plus, comment découvrir les noms des solistes, jauger les effectifs, scruter les dates de fabrication des instruments sans ce petit bout de papier glacé ? Comment suivre 3 heures d’opéra haendélien ou vivaldien si chaque note ne supporte que des borborygmes mystérieux, sans traduction ?

D’autre part (car comme le disait Mme Michu, votre professeur de français de collège, « d’une part » ne peut s’employer seul et nécessite son symétrique), d’autre part donc, le MP3 – contrairement à ce que l’on colporte trop souvent – est destructeur du message sonore. Pour alléger le fichier .WAV, l’encodage MP3 élimine les sons « superflus », supposés difficiles à capter pour l’oreille humaine. Les aigus et les graves sont tassés, la spatialisation rabougrie, la profondeur ravalée à une façade, les timbres décapés. Bien évidemment, quand vous écoutez vos MP3 sur un baladeur ou votre ordinateur, le système audio est d’une telle débilité (au sens premier) que vous ne pourrez entendre la différence. Mais sur un véritable équipement audiophile, voire une bonne paire d’enceintes, la fracture numérique est flagrante. A l’heure où les éditeurs tentent timidement de développer le SACD, alors que des labels tels Arcana, Alpha ou Alia Vox dépensent des fortunes pour obtenir des prises de son magnifiques, le MP3 représente une régression à la fois  dangereuse et sournoise.

Et il existe pourtant des solutions. La première est naturellement de s’acheter une nouvelle rangée d’étagères en ébène pour aligner la suite de vos disques chéris. La seconde est tout simplement de ne pas utiliser le format MP3 mais le gros .WAV non compressé, ou les 2 nouveaux standards de compression sans perte que sont le .FLAC ou le .APE.

Sur ces considérations techniques,

 

la Muse Baroque vous souhaite une EXCELLENTE ANNEE 2007.


                                                                                                                Viet-Linh NGUYEN