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Plaisir à l’état pur ! (Fontana, Sonates – Daniel Cuiller – Mirare)

Muse5
9 mai, 2014

Giovanni Battista FONTANA (vers 1571 – 1630)

Sonate a violoni ed altri strumenti…

Liste des morceaux

Sonata undecima a due violini col basso
Sonata 4 a violino solo e basso
Sonata 1 a flauto solo col basso
Sonata 5 a violin sol e basso
Sonata ottava a due violini col basso
Sonata 2 a violin solo e basso
Sonata 3 a flauto solo col basso
Sonata 6 a violin solo e basso
Sonata settima a due violini col basso

 
fontana_cuiller_mirareStradivaria, ensemble baroque de Nantes :
Anne Chevallerau, Daniel Cuiller , violons
Marie-Noëlle Visse Schwertz, flûtes à bec
Jocelyne Cuiller, Bertrand Cuiller, clavecins & orgue
Benoît Vanden Bemden, violone
Direction Daniel Cuiller

 
51’, Mirare, 2014.

« Récréer en interprétant, montrer plus que démontrer, laisser parler la musique », le sujet de cet enregistrement est bien là. Daniel Cuiller à la tête de son ensemble Stradivaria, conduit avec maestria les Sonates a violino ed altri strumenti… de Giovanni Battista Fontana. Fontana (né vers 1571 à Brescia, mort en 1630 à Padoue pendant l’épidémie de peste) était un brillant violoniste et compositeur italien baroque à tel point qu’il fut surnommé « dal Violino ». Ses sonates d’une remarquable précision notamment dans l’instrumentarium c’est-à-dire l’ensemble des instruments usités pour une œuvre – témoignent de sa virtuosité, de sa modernité par la grande variété de sonorités ponctuant son livret entier. Fontana semble maîtriser le contrepoint et superpose deux ou plusieurs lignes mélodiques libérant l’harmonie entre les instruments de dessus (violons) et la basse continue (orgue, clavecin, violone). Au passage, le terme violone vient de l’italien et signifie « grande viole ». Historiquement, il ne désigne rien de plus qu’un  instrument grave à cordes frottées  et ressemble à un gros violon ou une grande viole. Benoît Vanden Bemden prouve sa dextérité sans faille lorsque son archet glisse sans accroc sur les cordes du violone.

Daniel Cuiller et son ensemble, dans un désir commun, font « sonner, tinter » les sonates lors de cet enregistrement réalisé à la Chapelle de l’Immaculée à Nantes et proposent ainsi une sélection de pièces puisées dans l’unique ouvrage du compositeur, publié à titre posthume à Venise en 1641, intitulé « Sonate a 1,2, 3, per il violino o Cornetto, Fagotto, Chitarrone, Violincino o simile altro instromento ».

La sonata undecima a due violoni col basso consacre avec humilité la richesse  d’expression des mouvements lents. Les notes des instruments du dessus (violons) pour la mélodie, et, le clavecin, l’orgue ou le violone pour la basse continue s’entremêlent, se croisent sans jamais dissoner. Les instruments choisis par D. Cuiller s’équilibrent à merveille notamment dans les trois sonates à deux violons et basse continue : Sonata undecima, sonata ottava, sonata settima. Un véritable dialogue s’installe entre les instruments.

Tout l’art de cette musique réside dans le mouvement perpétuel en « distillant » précieusement la variété rythmique, l’élégante vivacité du langage dans les passages de danse requérant de la part des interprètes une grande maîtrise d’exécution grâce à leur technique d’archet irréprochable. On imagine aisément que la fluidité lumineuse des archets d’Anne Chevallerau et de Daniel Cuiller resplendit autant que les vitraux du chœur de la chapelle, qui entre-nous sont d’une rare beauté. Une belle complicité entre mère et fils, à savoir Jocelyne Cuiller et Bertrand, naît de leur mutuel accompagnement au clavecin et orgue pour assurer la basse continue. Nous assistons à l’art d’improviser, dans un style adapté, selon un codage chiffré  de la partition.La flûte à bec de Marie-Noëlle Visse Schwertz dans Sonata 1 et 3 développe, ornemente, argumente tout en s’appuyant sur le jeu du clavecin et violone. La palette de couleurs aux teintes riches et amples prend vie dans les sonates a violino solo e basso (2, 4, 5, 6). Cette sonorité envahit tout notre corps avec souplesse. Tout n’est que finesse procurant ainsi lors de ces 51 minutes une vague ininterrompue de pur plaisir. Un grand Merci à Stradivaria …

Jean-Stéphane Sourd Durand

Technique : captation de bonne qualité, bel équilibre des timbres.