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Le second visage de Domenico Scarlatti

Museor
31 décembre, 2007

Domenico SCARLATTI (1685-1757)

Stabat Mater,
Te Deum, Salve regina, Miserere, sonates K. 87 et K. 417

Vox Luminis

64’01, Ricercar, 2007

Qui l’eut cru ? L’on connaissait Domenico Scarlatti, le virtuose du clavier, célèbre pour son écriture audacieuse et novatrice, précurseur du style galant dans ses cantates. On le comparait souvent à son père Alessandro, grand maître de l’oratorio dans une querelle filiale des Anciens et des Modernes. Et voilà que ce socle de certitudes s’effondre à l’écoute de cette nouvelle parution où le fils se révèle un compositeur d’église conservateur, soucieux de polyphonie et de madrigalisme, économe dans ses effets et grand dans sa ferveur.

Dans le Stabat Mater, étonnamment conçu pour 10 voix solistes, les chromatismes douloureux rappellent Allegri et Lotti, tandis que le dépouillement mélodique parfois légèrement teinté d’accents populaires est digne de son contemporain Juan de Aragües. Ce Scarlatti-là connaît bien Schütz et Roland de Lassus et ses œuvres dénotent la même austère verticalité. Méditatif et implorant, la partition fait la part belle aux passages en imitation, au contrepoint complexe, jouant sur le timbre et le nombre de voix, différenciant avec vigueur les pupitres. La maîtrise de ce style grave et sérieux par le jeune compositeur est d’autant plus remarquable qu’il tombait peu à peu en désuétude, le public se tournant vers des motets plus opératiques à la Vivaldi, ou vers les gracieuses arabesques d’un Pergolèse. Vox Luminis fait preuve de précision dans les attaques, et d’un très bel équilibre des parties avec des voix qui se fondent imperceptiblement  entre elles. La version de Rinaldo Alessandrini (opus 111) était peut-être plus vive, mais ne possède pas l’admirable clarté de cet enregistrement, qui ne sacrifie pas pour autant tout dynamisme à la musicalité.

Le reste du programme comprend notamment un Te Deum plein d’allant, mais qui ne laisse pas une si durable impression, et surtout un Salve Regina d’une facture plus moderne pour soprano et alto, où Scarlatti sait se montrer homme de son temps. Vox Luminis y exprime les mêmes qualités, à savoir un continuo discret et complice, une prévalence des voix et des effets de volume parfaitement contrôlés qui confèrent une grande lisibilité aux pièces. Les timbres des chanteurs sont tout à fait adéquats pour la musique d’église : voix claires, sans vibrato, rompues aux mélismes et arabesques baroques (qui conviendraient aux sensibles cantates de Bach mais pas aux pyrotechnies haendéliennes). Cette lecture possède une douceur ouatée et limpide et dégage une impression apaisante. Toutefois, on aurait parfois aimé des contrastes plus marqués, et une once de dramatisme supplémentaire dans le « In te domine speravi » du Te Deum, par exemple. Un disque intime et complice, qui préfère l’humilité d’une petite chapelle aux ors des cathédrales.

Alexandre Barrère

Technique : Excellente dynamique de la prise de son, moelleuse et légèrement réverbérée, favorisant des aigus limpides.