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Le triomphe de la jeunesse

Muse5
31 décembre, 2008

Antonio VIVALDI (1678-1741)

12 Concerti per violino (concertos pour violon)


Florian Deuter (violon solo)
Harmonie Universelle, direction Florian Deuter & Monica Waisman

2 Cds, 57’05 + 52’05, Eloquentia, 2008 

« Encore des concertos pour violon de Vivaldi ! », vous direz-vous. Il est vrai que la Prêtre Roux fut un compositeur si prolifique et si cohérent dans son style que rien ne ressemble apparemment plus à un concerto pour violon vivaldien qu’un des  Les mauvaises langues, déjà à l’époque, ricanaient de cette constance qui virait à la production de masse et à la re-utilisation de segments mélodiques jusqu’à ce qu’ils s’usent jusqu’à la trame. Il est vrai qu’un simple coup d’œil dans le catalogue du compositeur suffit à donner le tournis : les concertos occupent les numéros RV 87 à RV 585, sans compter ceux classés dans la section « supplément » du catalogue, quelque part dans les RV 741-791…

Donc, pourquoi encore enregistrer ces œuvres vives, charmantes, si italiennes dans leur langage et leur facture ? Poser la question – toute rhétorique, c’est y répondre. Mais il y a plus. Car Florian Deuter, un ancien de Musica Antiqua Köln, a ici rassemblé la quasi intégralité des œuvres de jeunesse, celles-là même qui n’ont pas été publié dans des recueils. Voilà donc le Vivaldi de l’avant l’Estro Armonico. Harmonie Universelle rend justice à ces œuvres entraînantes, qui offrent un plaisir immédiat et facile à l’auditeur, même peu habitué à la musique baroque. L’orchestre, précis et homogène, assez lisse dans ses cordes, la basse continue discrète se caractérise par sa justesse et son naturel. Voici un Vivaldi « casual », sans folles excentricités ni grincements inconsidérés, aux crescendos à la limite du baroquement correct (les paliers sont quasi-imperceptibles), d’une beau liant. Sans atteindre l’esthétique tranquille des anglais (Pinnock ou Hogwood), ce Vivaldi-ci est bien plus posé que ce à quoi les Italiens actuels nous ont abreuvés. Et l’on aimerait parfois plus de contrastes, de violence, de « sombritude » sous ce ciel d’un bleu azur uniformément serein.

Le violon de Florian Deuter est une merveille (d’après un Guarneri) : alors que l’orchestre apparaît justement assez neutre, ce violon grainé, très ouvert dans les aigus, peu râpeux dans les graves, bien équilibré dans les accords attire immanquablement l’oreille. Et le soliste fait preuve pendant ces deux heures d’une réelle inventivité doublée d’une âme de poète dans les Largo, ceux des concertos RV 220 et RV 176 en particulier. Les tempos sont rigoureusement tenus, les passages virtuoses avec leur batterie de trilles, hautes positions et doubles cordes dévalés sans effort, même si le Vivace peu pressé du RV 275 est un peu « goutte d’eau sur pierre branlante ».

Ce Vivaldi élégant, plastiquement très abouti, mériterait donc que l’on y adjoigne une pointe d’imprévu et de débordement. Mais cela n’empêche pas de goûter les plaisirs sereins de la Sérénissime…

Katarina Privlova

Technique : prise de son aérée, violon solo mis en valeur