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Le tunnel du temps (Le service funèbre de Jean-Philippe Rameau – Capriccio Stravagante, Sempé – Paradizo)

Muse5
6 octobre, 2014

Le service funèbre de Jean-Philippe Rameau

Jean Gilles – Messe des Morts (version Paris 1764)

Skip Sempe, Capriccio Stravagante, Rameau's funeralCapriccio Stravagante Les 24 violons
Collegium Vocale Gent
Skip Sempé, direction

63’32, Paradizo, 2014

La date est inscrite sur la pochette du disque : 27 septembre 1764. Skip Sempé nous transporte littéralement vers ce jour sombre pour rendre hommage à Jean-Philippe Rameau. Quinze jours auparavant, le Dijonnais s’éteignait d’une fièvre putride à Paris. Dans l’intervalle, les compositeurs du Concert Spirituel François Rebel et François Francoeur ont arrangé et réorchestré la Messe des Morts de Jean Gilles. Il s’agissait non seulement de la mise à jour stylistique d’une œuvre âgée de plus de soixante ans et déjà acquise à la postérité, mais aussi, comme l’attestent des recherches récentes, d’y incorporer des extraits d’œuvres de Rameau. Ce disque n’a donc aucun équivalent, et l’on mesurera le succès de l’entreprise à l’aune de sa rigueur musicologique, à la qualité de l’interprétation et à l’émotion ressentie à l’écoute du Requiem le plus populaire avant Gossec et Berlioz.

La question de la reconstruction ne se pose pas, Skip Sempé se montrant tout à la fois fidèle et libre. Les partitions d’époque révèlent des contrefactures, emprunts à Castor & Pollux agrémentés de textes latins. Un témoignage mentionne des extraits de Dardanus. Le chef américain  reste dans le champ du probable en proposant un « Tristes apprêts » instrumental, un sommeil (extrait de Dardanus) et un Air des esprits infernaux (tiré de Zoroastre), pendant sonore d’une illustration à découvrir en ouvrant la pochette. Judith van Wanroij, Robert Getchell, Juan Sancho et Lisandro Abadie forment un quatuor de solistes remarquable. Une réverbération acoustique très longue, bien qu’achevant de d’appliquer un caractère sacré à l’ensemble, semble toutefois ternir quelque peu la ferveur du Collegium Vocale Gent. L’orchestre du Capriccio Stravagante, quant à lui, expose la richesse ses timbres avec souplesse et clarté. Le résultat convainc et dépasse largement l’anecdote. L’hommage est rendu : Rameau est mort, vive Rameau !

Denis Dumée

Technique : prise de son très équilibrée malgré la réverbération importante.

Vers le compte-rendu du concert à l’Oratoire du Louvre