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Effluves (Leclair – Sonates en trio, Rosasolis – Musica Ficta)

Museor
21 juillet, 2014

Jean-Marie Leclair (1697-1764)

Six sonates en trio pour deux violons et la basse continue,oeuvre IV

 leclair_rosasolisSonates n°1 à 6, oeuvre IV (1734)

Ensemble RosaSolis :
Guillaume Humbrecht, Marieke Bouche, violons
Nicolas Crnjanski, violoncelle
Julie Blais, clavecin

71’32, Musica Ficta, décembre 2013.

 

 

L’on sait les affinités de RosaSolis avec les sonates de type corellien puisque leurs deux opus discographiques précédents étaient respectivement dédiés aux trop peu jouées sonates d’église du jeune Haendel (Musica Ficta) ou à celles de Corelli, Leclair (déjà) et Haendel (toujours). C’est donc au sein de leur terre de prédilection que les quatre brillants instrumentistes s’attardent pour l’Oeuvre IV des Sonates en trio de Leclair, publiées en 1734, d’une brillante expressivité. 

Si l’on regrettera que l’ensemble n’ait pas choisi de varier le continuo en remplaçant de temps à autre le clavecin agile de Julie Blais par un orgue positif (même si un jeu de luth vient parfois apporter de la couleur) en vue d’établir un climat plus doux, si l’on regrettera également de ne pas trouver ici l’abandon désespéré et ténébreux qu’un Enrico Gatti savait insuffler à l’Opus 3 de Corelli (Arcana), l’on sera en revanche conquis par la vigueur des attaques, l’équilibre des formes, la beauté des timbres des violons de Guillaume Humbrecht et Marieke Bouche, l’harmonie subtile et sans cesse recomposée du tissu musical.

Dès la Sonate da chiesa I, le Largo lyrique qu’ouvre le violoncelle racé de Nicolas Crnjanski, mélancolique et théâtral, campe le décor d’un monde mouvant. Le superbe Allegro fugué, résolu et dense, dénote la maîtrise de RosaSolis face à une partition à la fois inventive et virtuose. On aime le Cantabile de la Sonate II, sicilienne voilée, d’une indicible pudeur, au geste ample et généreux, aux nuances souriantes, tribut de Leclair au style germanique, avec ce je-ne-sais-quoy de souple et de rêveur qui emporte l’adhésion et évoque les arrières-plans bleutés des collines des tableaux de la Renaissance. Et si les artistes croient entrevoir ça et là les ombres de Couperin au Haendel au détour d’une mesure, il en est de même de l’auditeur perturbé, par exemple par le début de l’Andante de la Sonate V, avant que les traits saillants des violons, d’une nervosité sanguine, ne viennent troubler la douceur couperinienne aperçue comme dans un songe. 

Et quand les accords de la Sonate VI se meurent, après un Adagio majestueux ponctué de rythmes pointés mais sans lourdeur, avec d’admirables harmonies, que l’épuisant Vivace et ses arpèges emplit l’air de réjouissances champêtres tourbillonnantes, on recommande sans réserve cette addition indispensable à toute discothèque de Leclair qui se respecte, tant RosaSolis a su avec brio faire vivre la complexité audacieuse et le bariolage si personnel de ce compositeur au destin tragique.

Viet-Linh Nguyen