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L’éclat et la franchise

Muse5
31 décembre, 2012

Joseph HAYDN (1732-1809)

« Dans la bibliothèque des Esterházy »

Sonate en mi bémol majeur Hob. XVI – 49
Sonate en ut majeur Hob. XVI – 48
Variations en fa mineur Hob. XVII – 6
Quatre pièces pour horloge à flûte avec 23 ou 24 sons
Quatre pièces pour horloge à flûte avec 16 ou 17 sons 

Yasuko Uyama Bouvard, pianoforte Christopher Clarke, Cluny 2003, copie d’après Anton Walter, Vienne (c.1785) et orgue Delaunay (1683)/Micot (1783), restauration Gerhard Grenzing (1983) de Saint-Pierre des Chartreux à Toulouse. 

57’04, Hortus 098, 2012. 

Avec Joseph Haydn, nous quittons notre chère esthétique baroque pour entrer en plein dans l’ère de la musique classique. Cette incursion en terre étrangère sera pour la Muse l’occasion de s’intéresser à un compositeur brillant, poly-instrumentiste et fécond en œuvres de tous genres. Initié très jeune à la pratique musicale par un père mélomane autodidacte, Haydn fut formé dans sa ville natale de Hainburg (près de Frankfurt), puis rejoignit la maîtrise de la cathédrale de Vienne après avoir été repéré pour sa voix. C’est là qu’il fit la connaissance de Porpora dont il apprit l’art de la composition. Après des débuts précaires, Haydn fut engagé par le prince Esterházy en 1761, nomination qui donna à sa carrière un essor décisif. On le connait surtout pour ses Sinfonies, sa Création, mais son catalogue se révèle de plus incroyablement fourni en pièces instrumentales, notamment destinées aux claviers.

Yasuko Uyama-Bouvard est claveciniste, organiste et pianiste. Son nouvel enregistrement propose une perspective originale sur l’œuvre de Haydn, rassemblant des « œuvres sérieuses » et très travaillées, telles que ses Sonates pour pianoforte, et de courtes pièces pour « horloge à flûte », interprétées ici à l’orgue. Aussi le contraste est-il saisissant du point de vue stylistique, mais c’est un même souffle qui diffuse, une même âme qui transparait. Ce qui plait, c’est la verve légère de ces doigts virtuoses, cette technique sans faille qui porte avec éloquence le geste musical.

Le pianoforte charme par l’éclat et la franchise de son timbre, et la force expressive de nuances finement travaillées. Le premier mouvement de la Sonate en Mi bémol déborde d’élans pétulants et de trilles roucoulants, qui traduisent une sorte d’urgence enivrante dans des mouvements mélodiques ascendants portés par une basse filante. Ponctués de points d’arrêts inattendus, d’accords à l’harmonie osée, ce mouvement fait naitre avec le concours de la musicienne un personnage bonhomme au caractère entier, duquel les quelques pointes de doute que trahit l’écriture ne sauraient venir à bout. La jubilation demeure triomphante.

Jubilation que l’on retrouve dans les pièces pour « horloge à flûte » (Flötenuhren), ces « automates […] qui faisaient parler un unique jeu bouché sonnant en quatre pieds, constitué de tuyaux couchés en bois ». Haydn y use des chromatismes à profusion, ainsi que de fusées badines. Pièces très brèves aux aventures tonales plus que sages, leur intérêt réside dans leur pétillant et l’espièglerie de leurs figures. Yasuko Uyama-Bouvard en fait de jolies miniatures, en fine dentelle. A la rigueur voulue de ces « pièces pour mécanique », elle allie un rubato très juste qui souligne leur caractère enfantin et joueur, tout en masquant sa virtuosité.

La suite de Variations en fa mineur est une pièce complexe qui tient déjà du romantisme par son expression dramatique. Le toucher délicat et précis de la pianiste donne à cette œuvre un tour oratoire particulier, riche de subtilités d’élocution. Les passages en mineur en deviennent poignants, Haydn y joue de syncopes dans des mélodies qui semblent égarées.

Une réelle force se dégage de ces œuvres interprétées avec une apparente facilité. Tout nait d’un même fleuve, ample et chanté généreusement.

Isaure d’Audeville

Technique : excellente captation qui confère au son des instruments une richesse et une ampleur remarquable.