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Lecture : crépuscule sur le royaume très catholique

Publié dans : Actualités - Brèves
1 août, 2011

Alatriste… Entre 1993 et 2006, Arturo Pérez-Reverte publie les 6 tomes des Aventures du Capitaine Alatriste. Roman d’aventure, de cape et d’épée dans l’Espagne décadente de Philippe IV où plane l’ombre de l’Inquisition et la mainmise du tout-puissant ministre Gaspar de Guzmán, comte d’Olivares. Pourtant, il flotte sur ces romans un parfum subtil où les sombres intrigues, combats, sièges et autres effusions sanglantes cèdent souvent la place à une atmosphère lancinante, où la narration du jeune Íñigo Balboa, page et fils adoptif du « Capitaine » Alatriste (son grade n’est qu’un sobriquet) se teinte souvent de relents amers de romans noirs. Les eaux troubles dans lesquelles la capitaine essuie son épée, de tavernes en palais sont de celles qui serpentent lentement, invitant à s’y noyer, et chaque roman trempe sa plume dans thème différent, depuis les attentats de palais, les bûchers de l’Inquisition, la Guerre dans les Flandres, ou encore le théâtre du temps à travers les jupes de son amante l’actrice María de Castro.

L’épaisseur des personnages, dans une galerie où l’on croisera le poète Francisco de Quevedo ou encore Diego Vélesquez, les nombreuses citations littéraires (et pastiches qui concluent en appendice les tomes), la variété des situations hissent au rang de véritable œuvre littéraire ce voyage initiatique, rongé par les vers, la pourriture et l’âcre odeur de la poudre, au sein d’un empire corrompu et chancelant, imparfaitement mis en scène dans un long-métrage esthétique mais trop bref et fragmenté sorti en 2006. On regrettera simplement la brièveté des volumes, qui peinent à soutenir la comparaison avec les monstres de Dumas ou Zevaco, une certaine nonchalance quant aux faits qui privilégie l’introspection à la description, un style parfois avare d’adjectifs et… la fin prématurée d’une saga, dont on espère toujours découvrir d’autres épisodes.

K.P.