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L’élégance du hérisson ?

Muse4
31 décembre, 2010

Domenico SCARLATTI (1685-1757)

Sonates


Mathieu Dupouy (clavecin italien anonyme, 1710)

64’33, Hérissons Prod., 2010.

Après la lecture de caméléon virevoltant de Bertrand Cuiller (Alpha) que nous avons récemment chroniquée, Mathieu Dupouy, musicien et fondateur du label Hérissons, nous propose en guise de quatrième parution un récital également consacré aux Sonates de Domenico Scarlatti, ces quelques 600 essercizi (esercizi en italien actuel pour répondre à des remarques d’orthographe de nos lecteurs) sans prétention mais si jouissifs destinés à la princesse Maria Barbara du Portugal. La lecture en est énergique et fière, d’une grande virtuosité, rendant le bouillonnement et l’apparente spontanéité d’une écriture qui se joue des structures avec une liberté admirable.

Toutefois, le toucher de Dupouy, précis et franc, direct jusqu’à la brutalité, semble plus à l’aise dans le dit exalté que dans la suggestivité en pointillés. L’Allegro de la K204a donne le ton : assuré, détaché, d’une morgue glacée qui refuse les respirations et les hésitations. Fort heureusement, certaines pièces s’adonnent à plus de fraîcheur et d’incertitude à l’image de la Pastorale de la K.513 où même les traits descendants très rapides, sortes de fusées qui représentent l’un des maniérismes favoris du compositeur, ne dévalent pas la pente avec la mécanique redoutable mais un brin désincarnée du reste du récital (K141 incandescente, K284 forcenée). Est-ce notre habitude de l’équilibre ombrageux de Scott Ross (Erato), notre penchant pour l’indépendance volontariste d’Andreas Staier (DHM), la noblesse échevelée et francisante de Pierre Hantaï (Astrée) ? Force est d’avouer que cette vision brillante, techniquement si nettement réglée, manque paradoxalement de contrastes, de fantaisies, de ruptures caravagesques, de temps qui suspend son vol. Mathieu Dupouy est de ces capitaines sans peur et sans reproche qui conduisent leur navire d’un point à l’autre de la carte, sans détours, et sans explorer les rivages inconnus qui croiseraient son chemin…

Et pourtant… et pourtant, on aurait tort de refuser l’asile discographique à ce titre. Au-delà d’une interprétation qui ne démérite pas, mais qui hélas n’a pas su nous retenir entièrement dans ses filets,  il faut tenir compte du deuxième interprète de ces sonates, un superbe clavecin-tiorbino construit vers 1710 à Naples. Ce clavecin, unique survivant avec sa disposition originale de cette catégorie spécifique, se distingue par son cordage partiel en boyau, ainsi que par la présence de deux claviers et d’un registre de luth. Cette alternance des registres et des sonorités, dont Mathieu Dupouy use avec à propos, permet une variété de couleurs et de textures extrêmement intéressante, et qui convient aux reflets changeants de la musique scarlattienne.

Sébastien Holzbauer

Technique : captation précise et nette, pas de remarques particulières.