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« Les hommes rêvent du retour plus que du départ. » (Paulo Coelho)

Muse3
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2010

Francesco Durante (1684 – 1755)

Leonardo Leo (1694 – 1744)

Nicola Antonio Porpora (1686- 1768)

“A voi ritorno”
Concerti et Cantates

Raffaella Milanesi – soprano
Insieme Strumentale di Roma
Direction Giorgio Sasso

73′, Fuga Libera / Outhere, 2010.

Alors que la maison de Pietro Trapassi dit Métastasio au cœur de Rome tombe en lambeaux sous le poids de l’oubli général, sort dans les bacs un recueil musical qui réunit trois compositeurs napolitains dont deux furent de ses plus grands orfèvres : Porpora et Leo. Si bien la musique de la ville Parthénopéenne commence à ressusciter grâce à des orchestres comme L’Europa Galante et La Capella de’Turchini, son souffle parfois n’atteint pas son chromatisme originel faute de l’énergie et la “bipolarité” nécessaires.

Ce disque, qui prend son titre de l’un des airs de la cantate Il Ritiro de Porpora, se propose d’établir une fresque charmante et modeste de trois chefs de file des conservatoires napolitains du premier XVIIIème siècle, Francesco Durante, Leonardo Leo et Nicola Porpora. Francesco Durante est présent par un concerto, l’élégiaque Leonardo Leo par une cantate, un concerto et une sinfonia concertante et le dramatique Porpora par une cantate jusque là inédite.

Si on louera sans aucun doute la modestie et la démarche musicologique de Giorgio Sasso et des membres de l’Insieme Strumentale di Roma, le choix des œuvres semble malheureusement épars et quelque peu étrange. Si le but premier de la démarche – démarche juste mais dangereuse – était de rendre à la lumière des pages restées oubliées par leur format, on déplorera que l’originalité des écritures de chaque compositeur et l’importance de chaque partition ne se démarque pas suffisamment.

Le problème principal semble provenir d’une élégante platitude dans la direction et l’interprétation du recueil en général. L’Insieme Strumentale di Roma et Giorgio Sasso, doués d’un talent indéniable et d’une énergie latente restent trop sages et n’osant pas jouer hardiment les ornementations vibrantes de Durante, les poétiques harmonies de Leo ou les théâtrales sursauts de Porpora. Il en résulte un manque de relief, de contraste, de dynamisme, d’autant plus dommageable que l’essence du récital est d’offrir un survol concentré ou thématique, d’entrouvrir et d’esquisser pour donner envie d’aller plus loin. Nous avouons, un peu goguenards, être restés ici sur notre faim.

Paradoxalement, la splendide Raffaella Milanesi, dont on retrouve avec délice la palette musicale veloutée et puissante, rend honneur aux redoutables pages vocales de Leo et de Porpora. La soprano nous convainc par son investissement constant, et s’engage dans les partitions avec un réel sens dramatique et une connaissance absolue du style napolitain.

Le retour de ces quelques pages évanouies dans les brouillards du temps nous a ravis dans le principe de la recréation et de la découverte, cependant leur réveil devra attendre encore, et leur voyage reste inachevé malgré tout. 

Pedro-Octavio Diaz

Technique : captation chaleureuse et ample.