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Cantica Sacra

Muse5
31 décembre, 2010

Henry Du MONT (1610-1684)

Cantica Sacra (1652)

Liste des morceaux

O foelix Roma: Hymnus in festo SS. Apostolorum Petri et Pauli
Psaume: Cantate Domino à 4 voces
Psaume: Quam dilecta à 2 voces
Psaume: Credidi propter quod locutus sum à 3 & 4 voces, viol. si placet
Psaume: Allemanda à 3 viol.
Imploration du pardon: Converte Domine oculos tuos super nos à 3 voces
Imploration du pardon: O Domine Deus à 4 voces
Imploration du pardon: Pavane à 3 viol.
Pour les fêtes de saints: Ave gemma virginum à 4 voces
Pour les fêtes de saints: Laudemus Dominum à 3 voces
Pour les fêtes de saints: O Gloriosa Domina à 2 voces & 2 viol.
Pour les fêtes de saints: Cantantibus organis à 2 voces & 3 viol. si placet
Pour les fêtes de saints: Allemanda gravis pro organo
Du Cantique des Cantiques: Quae est ista à 2 voces
Du Cantique des Cantiques: In lectulo meo, Echo à 2 voces
Du Cantique des Cantiques: Pavane pour l’orgue
Pour le Saint-Sacrement: O Salutaris hostia à 3 voces
Pour le Saint-Sacrement: Panis angelicus, voce sola, vel 4 voces aut instrumenti
L’année liturgique: Non defrauderis à 2 & 3 voces (Carême)
L’année liturgique: Surrexit pastor bonus à 2 voces & viol. si placet (Pâques)
L’année liturgique: Christus natus est à 4 voces & viol. si placet (Noël)

Chœur de chambre de Namur
Caroline Weynants, Nathalie Marec, Lieve Van Lancker, sopranos
Thibaut Lenaerts, Bruno Boterf, ténors
Philippe Favette, Jean-Philippe Marchal, basses

Ensemble Les Solistes :
Stéphanie de Failly, violon
Françoise Enock, basse de viole
Freddy Eichelberger, orgue
Bruno Boterf, dir.

72,45, Ricercar, 2010.

« Les manteaux de duc traînent dans leur fourrure – Pendant que des grandeurs on monte les degrés – Un bruit d’illusions sèches et de regrets – Comme, quand vous montez lentement vers ces portes – Votre robe de deuil traîne des feuilles mortes. » (Edmond Rostand)

Des Cantica Sacra, l’auditeur se souvient peut-être qu’un enregistrement en avait été donné par le Ricercar Consort en 1992, avec entre autres Greta de Reyghere, Hervé Lamy, et Max Van Egmond, Philippe Pierlot et Sophie Watillon… Enregistrement d’ailleurs publié chez Ricercar, comme le présent : que l’on ne s’y trompe pas, celui-ci n’est pas une réédition de l’ancienne version.

Qu’est-ce qui distingue la première de la seconde ? Beaucoup de choses, qu’il n’est pas superficiel de noter. Au départ, la volonté claire de faire revivre sous nos yeux, ou du moins dans nos oreilles, la vie des couvents et chapelles des années 1650 : aux Cantica se mêlent donc quelques lignes de plain-chant et plusieurs pièces d’orgues confiées à l’expert Freddy Eichelberger. Ces pavanes, allemandes et versets d’orgue apportent une variété à l’ensemble, et contribuent infiniment à créer une atmosphère.

L’une des grandes forces des Cantica est de varier les formations et même de permettre une certaine liberté — superius et cantus peuvent dans les motets à deux voix être remplacés par altus (entendons-nous : haute-contre à la française, et non alto) et tenorBruno Boterf et son ensemble en jouent avec subtilité.

Les voix se marient à merveille, mais surtout par groupes : les voix féminines semblent ne pas fusionner avec les voix d’hommes, tandis que chaque ensemble séparé est homogène : le gouffre des genres semble se creuser entre les deux. L’accompagnement des Solistes est discret et juste, même si on regrettera un relatif manque de variété dans les timbres : orgue et basse de viole, point de théorbe par exemple qui eût aimablement agrémenté — mais la Chapelle de Saint-Paul n’est pas celle du Louvre.

Les voix sont toutes belles, depuis le ténor aigu (haute-contre) radieux de Thibaut Lenaerts à la basse sûre de Philippe Favette, en passant par le clair soprano de Caroline Weynants et le « bas-dessus » plus sombre et dramatique de Nathalie Marec. Mais ce sont bien les grands ensembles, qu’ils soient simples et retenus comme le Panis angelicus, ou savamment polyphoniques comme l’Ave gemma virginum. Les élaborations de plus grande ampleur comme le Christus natus est qui fait alterner chœur et groupes solistes réussissent par leur variété. C’est bien au final la principale qualité de ce disque qui a réussi la pari de faire tout un vase d’œuvres au départ destinées à être jouées par gouttes. Sagesse et austérité sont à l’ordre du jour de ce programme vocalement convaincant et évocateur du Grand Siècle de la Régence d’Anne d’Autriche.

Loïc Chahine

Technique : bonne prise de son précise.