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Les Menus Plaisirs du Roi…et le nôtre !

5 mars, 2011

« Dans l’atelier des Menus Plaisirs du Roi »

Spectacles, fêtes et cérémonies aux XVIIème et XVIIIème siècles

 

Exposition au Archives Nationales, Hôtel de Soubise, Paris
Du 19 janvier au 24 avril 2011

 

Dessin d’Henri Gissey représentant une embarcation richement ornée probablement destinée à une fête sur le Grand Canal de Versailles
Dessin à l’encre brune et à l’aquarelle (1670) © Archives Nationales 2011

Les Archives Nationales nous gratifient jusqu’au 24 avril d’une magnifique exposition intitulée « Dans l’atelier des Menus Plaisirs du Roi – Spectacles, fêtes et cérémonies aux XVIIème et XVIIIème siècles ». Il s’agit d’un magnifique témoignage couvrant la période baroque, et particulièrement l’opéra et le ballet baroques, même si le dernier volet, consacré aux pompes funèbres, est un peu plus éloigné de nos préoccupations musicales… Ce témoignage historique s’avère d’une richesse inouïe pour comprendre comment les artistes français ont intégré l’art des machines et des décors, en provenance d’Italie, dans les spectacles et les fêtes donnés à la cour de France, en s’appuyant sur l’art de leurs congénères italiens attirés par le rayonnement de la royauté.

C’est d’ailleurs à la rareté et au coût des machines et des décors que l’on doit la conservation de leur trace jusqu’à notre époque. Le département de l’Argenterie, des Menus Plaisirs et des Affaires de la Chambre existait au sein de la Maison du Roi depuis au moins François Ier. En 1752, le Garde général des Magasins Antoine Angélique Levesque prit l’heureuse initiative de recueillir l’ensemble des dessins et estampes fournis par les artistes ayant concouru aux machines et décors dans un recueil, rassemblant ainsi plus de 800 pièces permettant de comprendre l’inventivité et l’ingéniosité déployées pour ces scènes. La présente exposition nous offre un raccourci bien structuré à travers un certain nombre de pièces choisies, pour certaines inédites, permettant d’imaginer l’environnement de ces spectacles.

Dessin de Jean Berain représentant Apollon dans son char céleste, tiré par quatre chevaux.
Dessin à la plume, à l’encre noire et au lavis gris avec de légères traces de pierre noire (1700-1705) © Archives Nationales 2011

On ne pourra évidemment pas les citer toutes ici ! Commençons par les plus frappantes, celles relatives aux machines et monstres. Car si aujourd’hui les « effets spéciaux » se font avec l’appui de la technologie numérique, comment imaginer dès cette époque le recours à des machines animées, dont les effets sur les contemporains étaient au moins égaux à ceux de la musique et du chant ? A tout seigneur tout honneur, commençons par l’étonnante maquette de la scène du Palais-Royal, avec ses châssis et cabestans permettant les changements de décor à vue, les irruptions de chars célestes et l’animation des monstres sur scène…Ces Gloires, nuages, tourbillons et autres apparitions nous sont restitués à travers des dessins de Jean Bérain, pour le Canente de Collasse ou la Psyché de Lully. Défilent ensuite les chars de Mars ou d’Apollon, la chimère animée du Bellérophon, un énigmatique dragon, d’étonnants chars terrestres (tous animés) ainsi qu’un époustouflant char nautique tiré par quatre dauphins, eux-mêmes chevauchés par deux tritons incarnés par des enfants pour un épisode de Jason ou la Toison d’Or de Collasse. Une fontaine animée de Bérain nous présente comment on recréait l’illusion de l’écoulement de l’eau, grâce à l’enroulement sans fin de bandes de toile argentée sur quatre cylindres mûs par un jeune garçon placé en-dessous.

Parmi les apparitions surprenantes, on notera la magnifique barque de l’arrivée du prince Carlos dans le port de Naples, décor de Berain pour Les Fêtes Galantes, ou le gracieux char entouré de monstres marins, du même pour Thétis et Pélée de Collasse, ou encore la « machine du Sommeil » dissimulée, réutilisation d’un autre opéra, qui permet d’exhumer l’Ombre d’Achille devant les Grecs et un public ébahi (Polyxène et Pyrrhus, de Collasse).

Dessin de l’atelier de Jean Berain pour le costume d’un Vent Froid de la suite de Borée pour la 7e entrée du Triomphe de l’amour
(livret de Philippe Quinault et Isaac de Bensérade ; musique de Jean-Baptiste Lully), ballet créé à Saint-Germain-en-Laye en 1681.
Contre-épreuve d’un dessin à la pierre noire, reprise à la pierre noire (1681). © Archives Nationales 2011

Les costumes ne le cèdent en rien à cette débauche de machines animées. Exotisme bucolique du dieu Pan selon Berain (pour Le Triomphe de l’Amour, de Lully), Chinois de pacotille (reprenant des décors de fantaisie des céramiques de la même époque) s’accordent à la magie des spectacles, tandis que l’inventaire des pierreries énumère les nombreuses pièces qui permettaient de rehausser richement les tenues, comme celle de Louis XIV lors du carrousel donné en 1662 au Louvre pour la naissance du Dauphin.

Dessin de l’atelier de Jean Berain représentant un jardin, décor de la scène 3 de l’acte I de Circé
(livret de Madame de Saintonge ; musique d’Henri Desmarest), tragédie en musique créée à Paris, le 1er octobre 1694.
Contre-épreuve d’un dessin à la pierre noire (1694 – 1710). © Archives Nationales 2011

Les décors constituent évidemment le point central de l’exposition, montrant une variation et une imagination qui n’ont rien à envier aux décors virtuels des jeux numériques contemporains : grotte d’Apollon, colonnades rocaille, palais – réels (sur le modèle du Grand Trianon, clin d’œil à l’époque du palais d’Erigone créé par Algieri pour Les Fêtes de Paphos de Mondonville) ou imaginaires (palais de Jupiter, palais magique de Berain). Il faudrait aussi citer les décors champêtres et bucoliques, les entrées monumentales, pour lesquelles le rapprochement avec les décors de feux d’artifice, de banquets ou de pompes funèbres sont particulièrement instructifs. La curiosité essentielle réside toutefois dans les aspects techniques parfois très savants, déployés pour accentuer les effets du décor sur le spectateur : ainsi l’emploi par Berain des points de fuite multiples ordonnés autour d’un espace circulaire, afin d’en renforcer la profondeur (décor pour le Circé de Desmarets).

Ces lignes ne peuvent hélas rendre compte de la richesse de cette exposition, et de son importance essentielle pour comprendre l’univers du spectacle baroque en France à l’époque de son apogée. Aussi, amis internautes et baroqueux de tout poil, n’hésitez pas : courez aux Archives Nationales avant le 24 avril !

Bruno Maury

Exposition « Dans l’atelier des Menus Plaisirs du roi. » Spectacles, fêtes et cérémonies aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Commissariat :
Pierre Jugie, conservateur en chef, section ancienne de la direction scientifique du site de Paris – Archives nationales
Jérôme de la Gorce, directeur de chercheur au CNRS

Du 19 janvier au 24 avril 2011. Archives Nationales, Hôtel de Soubise, 60 rue des Francs Bourgeois, 75003 Paris, du lundi au vendredi de 10h à 12h30 et de 14 à 17h30. samedi et dimanche de 14h à 17h30. fermé le mardi et les jours fériés

 « Monter une exposition, c’est comme créer un spectacle… » : entretien avec Jérôme de la Gorce et Pierre Jugie, commissaires de l’exposition « Dans l’atelier des Menus-Plaisirs du Roi » aux Archives nationales.

 

Dossier de presse et diaporama de l’exposition : 1ère série et 2ème série
Base Archim comprenant la consultation de l’inventaire des œuvres d’art graphique des Recueils des Menus Plaisirs des Archives nationales (O1 *3238 à *3242C), par Jérôme de La Gorce, directeur de recherche au CNRS. (Centre André Chastel, UMR 8150 CNRS./Université de Paris IV) : http://www.culture.gouv.fr/documentation/archim/menus-plaisirs.html