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« Les naturalistes nous ont dit ce qu’était un singe, mais ils n’ont pas défini cet animal qu’on appelle eunuque. » Ange Goudar, Le Brigandage de la Musique Italienne. Paris, 1777.

Muse1
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
3 décembre, 2005

L’Age d’or des castrats, Hommage à Farinelli.

Airs de Bononcini, Hasse, Leo, etc…  (Détail des plages)

Liste des airs

Giovanni Battista Bononcini (1670-1747)
Griselda: 3 arias of Ernesto : « Che giova fuggire », « Troppo è il dolore », « Per la gloria d’adoravi »

Johann Christian Bach (1735-1782)
3 recitatives and rondos (Metastasio) : « Misero me… Nel partir bell’idol mio », « Ebben si vada… Io ti lascio », « Mi scordi i torti miei… Dolci aurette »

Stephen Storace (1762-1796)
Poro, Re dell’Indie : « Ah, se Poro mai vedi… Digli che son fedele »

Egidio Romualdo Duni (1708 – 1775)
Demofonte, 3 arias of Timante : « La dolce compagna », « Sperai vicino il lido », « Misero pargoletto »

Johann Adolph Hasse (1699 – 1783)
Artaserse : Air d’Arbace, « Per questo dolce amplesso »,  Air d’Artabano, « Pallido il sole »

Attilio Ariosti (1666-1740)
Artaserse : « Fortunate passate mie pene », Sia pur d’amore » (minuet)

Geminiano Giacomelli (1692 – 1742)
Merope : « Quel usignuolo che innamorato » (aria)

Nicola Porpora (1686 – 1768)
3 Solfeggi : Adagio, Allegro non troppo, Andante

Riccardo Broschi (1698 – 1756)
Merope, « Taccia il vento e la tempesta »

Nicola Porpora (1686 – 1768)
Orfeo, « Son pastorello amante »

Egidio Romualdo Duni (1708 – 1775)
Demofonte, « Prudente mi chiedi? »

Leonardo Leo (1694 – 1744)
Catone in Utica, « Sarebbe un bel diletto »

Aris Christofellis (sopraniste)
Ensemble d’instruments anciens

2 CDs, EMI, 58′ + 56′, enr. 1986-1988.

On dit que la Muse Baroque est trop tolérante et qu’on y trouve que de bonnes critiques : « c’est normal », rétorquera le rédachef, puisque le but est de constituer une discothèque idéale. Tout cela pour dire que j’étais pourtant parti d’un bon sentiment, que je n’ai rien de personnel contre cet artiste, qu’il n’a pas enlevé ma sœur pour l’emmener en croisière au large de la Crète pour la sacrifier ensuite à un monstre marin, par exemple.

Donc, exhorté par une amie qui en collectionne les autographes, je me décide à écouter ce double disque au programme alléchant, dédié à des compositeurs plus ou moins oubliés du début du siècle des Lumières. Et là…imaginez une sorte de chapon hululant pendant deux heures, à côté duquel René Jacobs change de registre comme de chaussette.

Si Aris Christofellis chante les airs dans leur tessiture originale extrêmement aigüe, il ne peut faire oublier son mâle organe, et le résultat est plus que douloureux. Voix fluette, aigus criards et jetés comme autant de friandises lancées depuis la caravane du Tour de France, phrasé haché, notes instables malgré une relative habileté dans les coloratures, le sopraniste nous convie à un festival d’approximations héroïques. L’entreprise est louable et téméraire, le résultat franchement mauvais. En outre, le chanteur s’est fait accompagner par l’ « Ensemble d’instruments anciens » dont le nom banal camoufle une poignée d’instrumentistes (amateurs ?) au jeu d’une indigence qui frise la mendicité.

Si vous voulez vraiment écouter Aris Christofellis sous un meilleur jour, essayer Ottone in Villa sous la direction de Flavio Colusso (Bongiovanni) où il incarne Caio : les aigus sont également forcés et métalliques, mais l’ensemble d’une bien meilleure tenue. Sinon, Jacek Laszczkowski, Brian Asawa, ou encore Philippe Jaroussky nous ont rendus exigeants vis-à-vis des sopranistes, et cette expérience ancienne mérite d’être reléguée à l’index discographique des entreprises louables mais inutiles, à côté de la défense des Tuileries par les Gardes Suisses, ou des charges de cavalerie de Ney à Waterloo.

Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son assez neutre.