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Les Passions brillent avec Eclats

Muse4
31 décembre, 2007

Nicola Antonio PORPORA (1686-1768) 

Vêpres Vénitiennes, Laetatus sum, Nisi Dominus, De Profundis

Antonio VIVALDI (1678-1741)

Concerto RV 108 en la mineur pour flûte à bec

Concerto RV 410 en Fa Majeur pour violoncelle

 

Isabelle Poulenard (Soprano), Guillemette Laurens (Mezzo-Soprano)
Etienne Mangot (Violoncelle), Jean-Marc Andrieu (flûte à bec)

Chœur Eclats  (dir. : François Terrieux)
Orchestre Les Passions
Direction Jean-Marc Andrieu 

68’55, Ligia Digital, enr. 2007.

 

Eclairé par le chœur de François Terrieux, l’orchestre Les Passions dirigé Jean-Marc Andrieu présente pour son premier enregistrement un programme riche et intéressant, mêlant concertos du Prêtre Roux et motets d’un grand compositeur injustement méconnu. Nicola Porpora ne s’est en effet pas limité à enseigner aux grands castrats tels que Farinelli et Caffarelli, ou encore – ce que l’on sait moins – à Haydn ; il fut également directeur de l’Opéra de la Noblesse à Londres – en concurrence avec la compagnie de Haendel  – et dirigea durant ses trois longs séjours à Venise trois des hospices musiciens dont  les chapelles musicales étaient entièrement féminines. La littérature de Porpora comprend, entre autres, 40 opéras, 135 cantates profanes, 14 oratorios et de très nombreuses œuvres instrumentales. Mais revenons à nos moutons !

Dès les premières minutes d’écoute, l’orchestre fait preuve d’une grande expressivité et d’un phrasé remarquable. Il utilise sans difficulté les multiples couleurs présentes dans chacun des morceaux et mène la musique avec entrain, lui donnant sens et direction, notions qui font parfois défaut au chœur et aux solistes.

Le Chœur Eclats a tendance à se laisser porter et se fait parfois surprendre dès que les vocalises requièrent une certaine virtuosité (Laetatus Sum). Il possède néanmoins une très belle couleur : composé de jeunes choristes, au féminin, le chœur diffuse une réelle sensation de clarté et de chaleur.

Les solistes, quant à elles, s’essoufflent assez rapidement et manquent parfois de soutien dans les vocalises retenant un phrasé que l’orchestre s’évertue à rendre joyeux et bondissant. Leurs fréquentes respirations – notamment dans le « Gloria » du Laetatus Sum – rompent l’élan donné par l’orchestre et ralentissent le mouvement.  Il faut dire que la prise de son, exécrable, ne les aide pas. L’on se croirait en effet dans une cathédrale [NdlR : la Chapelle Saint-Jean Baptiste de Toulouse]  assis à des kilomètres du chœur et des solistes. Certains aigus semblent forcés, les paroles peu intelligibles. Guillemette Laurens a tendance à avaler certaines syllabes et à user avec force de son vibrato  – notamment dans le Nisi Dominus. Elle et Isabelle Poulenard recourent parfois à un rubato plutôt déplacé dans des œuvres religieuses (dans le Laetatus Sum pour la soprano ou encore le De Profondis pour l’alto), et prennent leur élan avant les vocalises finales comme si elles allaient s’élancer au-dessus des nuées. Leurs timbres sont toutefois agréables, profond et chaud pour l’alto, plutôt clair et joyeux pour Isabelle Poulenard. 

L’on retrouve dans le Concerto pour violoncelle la légèreté de l’orchestre et l’on y découvre un soliste remarquable, doué d’une grande sensibilité et d’un jeu habile et naturel. Etienne Mangot prend soin de chaque note, de chaque articulation et s’approprie la résonnance du lieu pour faire vibrer les notes et déployer un son riche et profond.  Le retour au thème dans le premier morceau pourrait être plus marqué, mais on ne lui en voudra pas tant son jeu est jovial. Le second mouvement est un peu lent et l’on s’attendrait à ce que le violoncelliste profite de ce tempo pour user de force ornements et fioritures. Mais il reste sobre. Le son est doux et chaud, renforcé par le continuo de l’orgue et du théorbe. Le dernier mouvement – allegro – de ce concerto est une nouvelle fois emprunt d’une grande virtuosité dans laquelle Etienne Mangot s’épanouit parfaitement. Il est pour cette fois gêné par la réverbération qui enlève un peu de précision à son jeu. L’orchestre reste malheureusement un peu en retrait et ne marque pas suffisamment la reprise des tutti.

L’on s’attendait à retrouver dans le concerto pour flûte un Jean-Marc Andrieu aussi vif et impliqué que l’orchestre dont il est le fondateur. Hélas, le flûtiste joue d’une façon trop coulante et place ses articulations de façon déroutante, usant de beaucoup de liaisons, attaquant vaguement les phrases. Le flûtiste ne manque ni d’idées, ni d’intentions mais ne va vraiment au bout d’aucune d’entre elles, laissant peu à peu une certaine monotonie s’installer. Le concerto se déroule avec grâce, mais sans surprise. Et le même défaut de prise de son brouille les contours des instruments qui ne forment plus qu’un ample son brouillon.

Ces réserves n’empêcheront pas aux mélomanes de découvrir un orchestre prometteur, très impliqué dans son jeu dans des œuvres rares de Porpora, qui témoignent de l’évolution stylistique de l’Italie des années 1730, avec l’ importance accrue de la mélodie.

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son beaucoup trop lointaine, avec une forte réverbération qui rend difficile à apprécier la qualité originelle de l’interprétation