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Les Vents dans le vent …(Mozart, Ensemble Philidor, Daniele Latini – La Dolce Volta)

Muse5
26 avril, 2015

Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791)

Gran Partita – Sérénades – Divertimenti

Oeuvres pour instruments à vent

Mozart, ensemble Philidor

CD 1:
Sérénade n°11 en mi bémol majeur KV 375
Sérénade n°12 en ut mineur KV 388 (384a) 

Hautbois à 2 clés: Vincent Robin, Antoine Torunczyk
Clarinette à 5 clés: Lorenzo Coppola, Daniele Latini
Cor naturel: Camille Leroy, Florent Maupetit
Basson à 5 clés: Giorgio Mandolesi
Basson à 6 clés: François Charruyer
Contrebasse: Jean-Paul Talvard 

CD2:
Gran Partita KV 361

Hautbois à 2 clés: Jean-Marc Philippe, Antoine Torunczyk
Clarinette à 5 clés: Lorenzo Coppola
Clarinette à 6 clés: François Gillardot
Cor de basset droit: Daniele Latini
Cor de basset à 9 clés: Danilo Zauli
Cor naturel: Pierre-yves Madeuf, Florent Maupetit, Camille Leroy, Cyrille Grenot
Basson à 5 clés: Giorgio Mandolesi
Basson à 7 clés: François Charruyer
Contrebasse: Jean-Paul Talvard 

CD 3:
Divertimento en fa majeur KV 213
Divertimento en si bémol majeur KV 240
Divertimento en mi bémol majeur KV 252 (240a)
Divertimento en fa majeur KV 253
Divertimento en si bémol majeur KV 270
12 Duos pour 2 cors KV 487 (496a) 

Hautbois à 2 clés: Vincent Robin, Jean-Marc Philippe
Cor naturel: Florent Maupetit, Camille Leroy
Basson à 7 clés: François Charruyer, Nicolas André
Cor naturel: Pierre-Yves Madeuf, Cyrille Grenot 

Daniele Latini, direction
Ensemble Philidor

1 Coffret-livret 3 CDs, La Dolce Volta, 2012.

Enregistrements réalisés à Paris au Temple Saint-Marcel (Sérénades en 2000 et Duos & Divertimenti en 2003), et, à la salle de l’Institut avec l’aimable autorisation de la Direction des Affaires Culturelles de la ville d’Orléans (Gran Partita en 2001)

Grâce à ce magnifique coffret de trois disques heureusement ré-édités par La Dolce Volta (autrefois parus chez le regretté label Calliope), l’Ensemble Philidor sous la direction de Daniele Latini, met au premier plan les instruments à vent tant affectionnés par Mozart. Le génial compositeur appréciait fortement ces instruments non seulement pour leurs timbres bien identifiables mais également pour leurs caractères particuliers. A l’époque de la composition de ces œuvres, la facture des instruments à vent était encore en plein développement. Le « Magicien-Musicien » Mozart tentait donc des expériences sur leurs sonorités et techniques. Par exemple, l’association du timbre hétérogène du hautbois, du cor ou bien du basson permettait de développer des harmonies nouvelles, des contrastes saisissants agrémentés de fraîches sonorités. Le compositeur jouait avec les timbres provoquant des déséquilibres, des inégalités de phrasé apportant ainsi des contours plus marqués, des couleurs encore plus variées. Mais son talent résidait aussi dans le fait d’utiliser ces instruments comme des chanteurs dans des solos privilégiés.

Les apparentes imperfections audibles liées à l’emploi d’instruments d’époque de l’Ensemble Philidor apportent une couleur particulière à ces pièces trop souvent sous-estimées, et sont même source d’une certaine jouissance acoustique. La prestation de l’Ensemble Philidor, fluide et lumineuse, souple et naturelle, d’une entraînante gaieté, se révèle d’une éloquence remarquable, doublée d’une richesse des timbres tout à fait louable.

Le premier disque contient les Sérénades n°11 en mi bémol majeur KV375 et n°12 en ut mineur KV388. Mozart les compose dans une nouvelle configuration (les formations d’harmonie), ce qui lui offre de nouvelles possibilités musicales. L’intonation se révèle délicate dans une symbiose parfaite reflétant la plasticité de ces deux œuvres. Par contre, le timbre n’apparaît pas aussi éclatant, ni homogène à cause de la double clé usitée par les hautbois ce qui entraînait des sons plus difficiles à produire. Tout le génie de Mozart est là, accepter et utiliser les limites des instruments à vent. La sérénade n°11 jouit d’un équilibre parfait. Quant à la n°12, elle constitue une suite musicale pour instruments à vent, dans laquelle les mouvements dansés se mêlent aux non-dansés.

Le deuxième CD démontre magistralement la virtuosité « mozartienne ». Gran Partita KV361 dispose d’une signature bien particulière avec deux caractéristiques : l’effectif et sa durée. L’effectif est tout à fait exceptionnel, puisque treize instruments se partagent la partition. Deux cors de basset ajoutent de la profondeur se rapprochant de la tessiture des clarinettes. Une contrebasse renforce les sonorités graves de l’ensemble, point faible des harmonies. La durée dépasse toutes les autres œuvres de musique instrumentale du compositeur, même celle des symphonies les plus abouties qui n’excèdent généralement pas les trente minutes. Mozart dote sa Gran Partita de sept mouvements se dénommant ainsi Largo-Molto allegro, Menuet, Adagio, Menuet, Romance, Tema con variazioni et Finale. L’œuvre dure presque 50 minutes. Les mouvements lents prennent une couleur encore plus « sombres » grâce aux menuets d’apparence légère qui les succèdent. Un autre moment de plénitude intervient lors de l’adagio. Les trois solistes, à savoir le hautbois, la clarinette et le cor de basset, tiennent à tour de rôle la ligne de chant sur accompagnement des autres instruments avec grâce et poésie.

Quant au troisième CD, il offre avec alternance les divertimentos et les pièces pour cors. La première apparition du terme « divertimento », à Venise en 1681 est due à Carlo Grossi avec Il divertimento de’ grandi musiche da camera, ò per servizio di tavola. Le divertimento fut conçu pour accompagner un service à table, et ce type de musique légère, agréable à écouter, jouée pour accompagner des banquets et autres événements sociaux, bien que manquant de profondeur n’en est pas moins un digne morceau d’agrément musical. Mozart l’inscrit dans des formes hétérogènes et use de diverses tonalités afin d’éviter toute longueur. On citera apparaître notamment la belle suite de thèmes chantants aux contours précis, notamment dans la contredanse en rondeau du divertimento en fa majeur KV213 et dans la polonaise du divertimento en mi bémol majeur KV252.

Les pièces pour cors prônent le côté humain de l’instrument à vent. L’articulation musicale se rapprochent de celle de la parole et du chant avec les voyelles ouvertes et fermées. Elles nouent des dialogues, imitent la voix humaine dans sa nature même (souffle et respiration). Le phrasé des instruments se montre naturel même si certains sons sont difficiles à émettre, en raison des défauts d’intonation et de la facture même des instruments, et les musiciens de l’Ensemble Philidor excellent dans ce délicat exercice.

Qui, mieux que Mozart, a su donner vie à ces instruments à vent ? Ecoutez ce coffret, vous trouverez certainement la réponse au gré du vent…

Jean-Stéphane Sourd-Durand